TACHKENT, LA CITÉ AUX VISAGES MULTIPLES.

Aux confins de l’Asie centrale, là où passaient jadis les routes de la soie, s’élève Tachkent, capitale aux multiples visages. Tour à tour oasis caravanière, bastion russe, vitrine soviétique puis métropole moderne, elle est un palimpseste vivant, dont chaque pierre raconte un chapitre d’histoire.

Envahie à plusieurs reprises entre les VIIIe et XVIe siècles, Tachkent prend un tournant décisif avec l’arrivée des Russes à la fin du XIXe siècle : boulevards haussmanniens, villas élégantes, puis grands ensembles soviétiques, métro et parcs irriguent peu à peu la ville. Après le séisme de 1966, elle se transforme en capitale moderne, animée et culturelle.

Située au nord-est de l’Ouzbékistan, à proximité du Kazakhstan, Tachkent compte 3,1 millions d’habitants en 2024. Son nom signifie « citadelle de pierre ».

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Histoire de Tachkent

De l’antiquité à l’oubli.

Des origines anciennes à la grandeur de Tchatch

Son histoire est ancienne. Ce lieu est investi par les hommes depuis la préhistoire, comme le montre de nombreux artifacts. C’est à partir de  326 avant J.-C., qu’Alexandre le Grand prend possession d’une citadelle, située à la place de l’actuel Tachkent.  Au Ier siècle, la ville de Tchatch devient rapidement une grande oasis prospère. Elle subit la domination de divers conquérants, tels que les Perses et les hordes des Huns 1. Elle rayonne aussi dans son rôle religieux dans la propagation du zoroastrisme 2.

Entre conquêtes et renaissances

La citée est rasée au début du VIIIe siècle par les envahisseurs arabes. C’est au IXe siècle que la ville prend le nom de Tachkent. Pendant des siècles, elle est une étape importante sur la Route de la Soie, pour le commerce entre la Chine et l’Europe. Elle renait de ses cendres sous le règne des Timourides (XVe siècle), et perdure pendant la dynastie des Cheybanides 3 jusqu’à la fin du XVIe siècle. Puis, les seigneurs de guerre s’en emparent les uns après les autres et au début du XIXe siècle, la ville est annexée par le khanat 4 de Kokand et sa domination s’éteint.

L’homme-oiseau de Zoroastre. Photo 2019

1 Huns : confédération de tribus nomades venue de l’actuelle Mongolie qui unifia une grande partie de l’Asie à la fin du IIIe et au début du IIe siècle avant notre ère.

2 Zoroastrisme : ancienne religion monothéiste (1500 ans avant J.-C.), qui fut majoritaire dans l’Iran et l’Asie centrale préislamiques, jusqu’à la conquête arabo-musulmane au VIIe siècle.

3 Chaybanides : dynastie ouzbèke datant de 1429 à 1598, venant de la Horde d’or dans les steppes russes. 

4 Khanat : royaume turco-mongol, dirigé par un khan.

De l’impériale Russie au monde soviétique

En 1867, après une conquête fulgurante des troupes russes, Tachkent devient le siège du gouvernement général du Turkestan 1 russe. Il impose les lois et règles de l’Empire à la population. Le 10 mars 1917 sonne la chute de l’Empire russe. Un défilé d’ouvriers et de soldats a lieu à partir de la place Constantin Kaufman au son de “La Marseillaise”. En avril 1918, la ville devient la capitale de la République soviétique autonome du Turkestan.

L’armée russe envahie les steppes d’Asie centrale. Photo 1902

En 1924, Tachkent perd sa prépondérance au bénéfice de Samarcande, qui devient la capitale de la République socialiste soviétique d’Ouzbékistan, Elle le resta jusqu’en 1930, date à laquelle Tachkent est à nouveau désignée « capitale d’Ouzbékistan ».

La répression s’intensifie.

Dans les années 1937-1938, l’islam est une des cibles de la répression stalinienne visant à rendre l’Union Soviétique complètement athée 2. Une grande partie des mosquées est fermée, ainsi que la plupart des églises. Plusieurs activistes musulmans sont exécutés et des prêtres envoyés au Goulag 3.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Tachkent accueille des milliers de familles soviétiques. Elles fuient l’invasion hitlérienne à l’ouest, ce qui accélère la russification de la ville. Une partie des industries lourdes de l’URSS de l’ouest est également évacuée à Tachkent. La ville s’industrialise rapidement, contribuant ainsi à son évolution.

Le tremblement de terre rase les trois quarts de la capitale – Photo 1966

De nombreux hommes politiques communistes internationaux viennent visiter cette république soviétique florissante, dont Castro et Guevara 4 en 1963.

La solidarité suite au tremblement de terre.

Le 26 avril 1966, Tachkent et sa région sont très sévèrement frappées par un tremblement de terre. Par solidarité, toutes les républiques soviétiques viennent en aide pour un vaste programme de reconstruction. La ville acquière alors un aspect architectural moderne et original. Des parcs, grandes places et larges avenues boisées voient le jour. Un réseau de mini-fontaines et de mini-canaux d’irrigation est créé pour arroser les gazons et les arbres des nouveaux quartiers. Après 1966, Tachkent devient la ville la plus peuplée d’Asie centrale. Elle est dotée d’une industrie moderne (machinerie agricole, aéronautique, textile, etc.) et de nombreux lieux culturels et universitaires.

Où le coton devient un miroir aux alouettes.

En 1983, le scandale du coton 5 éclate. De sérieuses accusations de corruption sont portées par Moscou sur tout l’establishment 6 ouzbek de Tachkent. Le résultat est que la quasi-totalité de l’appareil d’État ouzbek est remplacée, et l’autre partie incarcérée. Le contrôle direct de Moscou est renforcé, sous la direction du chef du KGB 7 Iouri Andropov. Cinq dirigeants ouzbeks vont se succéder au pouvoir jusqu’en 1990. Moscou ne veut pas leur laisser le temps de développer d’éventuelles nouvelles structures de corruption et des réseaux familiaux.

1 Turkestan : partie de l’Asie centrale russe au XIXe, dont l’actuel Ouzbékistan.

2 Athéisme : position selon laquelle Dieu (ou les dieux) n’existent pas. C’est tout simplement l’absence de croyance en une divinité.

3 Goulag : organisme central soviétique gérant les camps de travail forcé en Union soviétique. Instrument de terreur et d’expansion industrielle dirigé par la police politique.

4 Castro (Fidel) et Guevara (Ernesto dit Le Che) : chefs de la révolution marxiste à Cuba en 1956.

5 Le scandale du coton ouzbek : 1983 révèle une vaste fraude en Ouzbékistan, où les autorités truquaient les chiffres de production de coton. Moscou accuse alors tout l’establishment ouzbek de corruption.

6 L’establishment : terme souvent utilisé de manière critique pour désigner un groupe dominant, désignant l’ensemble des élites en place qui détiennent et exercent le pouvoir dans la Société.

7 KGB : traduction littérale “Comité pour la sécurité de l’État”, police politique de l’URSS post-stalinienne.

La chute de l’URSS et l’ouverture sur le Monde

Anticipant un éclatement de ce qui reste encore de l’URSS, le Soviet Suprême de la RSS 1 d’Ouzbékistan déclare l’indépendance du pays le 31 août 1991. Par la suite, un nouveau référendum entérinera l’indépendance à une écrasante majorité. L’Indépendance sera célébrée le 1er septembre de chaque année.

Construction soviétique. Photo 2024

Tachkent laisse progressivement derrière elle son esthétique soviétique. Les statues de Lénine 2 sont remplacées par celles de héros nationaux comme Amir Timur 3 . Les avenues sont renommées, les mosquées restaurées, les bâtiments administratifs modernisés.

Une capitale entre renouveau culturel et ouverture mondiale

Dans les années 2000 et 2010, la ville connait un boom immobilier. Apparaissent de larges boulevards, des immeubles contemporains, des parcs arborés, des centres commerciaux ultramodernes et des infrastructures rénovées (métro, aéroport, routes). La nouvelle politique favorise aussi un retour à l’islam et à la culture ouzbèke. La restauration des sites religieux (Khast-Imam, mosquées historiques) est engagée ainsi que la mise en avant des figures historiques comme Tamerlan, Al-Khwarizmi 4 ou Ulugh Beg 5 . Les musées, comme celui des Timourides, sont rénovés. Les arts traditionnels retrouvent leur place, avec le soutien de lieux comme la madrasa 6 Abulkasim ou le Musée des arts appliqués.

Tachkent s’ouvre de plus en plus au monde. Les démarches de visa sont facilitées. La ville accueille désormais de nombreux événements internationaux. Le tourisme culturel est en pleine croissance. Les transports s’améliorent, avec notamment le métro rénové et les trains rapides vers Samarcande et Boukhara. Aujourd’hui, Tachkent est un véritable pont entre tradition et modernité, entre Orient et Occident.

Nouvelle ère et grands projets sous Mirziyoyev

Le président Islam Karimov poursuit la modernisation de “Tashkent City“. Il lance de vastes travaux de reconstruction urbaine et routière. Le 3 septembre 2016, il décède. Quelques mois plus tard, le 4 décembre, son premier ministre Shavkat Mirziyoyev est élu président. Ce dernier poursuit les efforts de transformation de la capitale. Il lance notamment la création d’un grand centre d’affaires internationales.
Le 18 mars 2023, les fondements du projet “New Tashkent City” sont officiellement posés. Le plan prévoit la construction de plusieurs équipements majeurs : campus universitaires, Bibliothèque nationale, centre international de recherches scientifiques, musée de la littérature, théâtre national, entre autres.

1 RSS : République Soviétique Socialiste.

2 Lénine : Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, révolutionnaire communiste, théoricien politique et homme d’État russe, il a joué un rôle central dans la Révolution d’Octobre 1917 et est le fondateur de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS). 

3 Amir Timur : connu aussi comme Timurlang (Timur le boiteux), Tamerlan en français, fondateur de la Dynastie et de l’empire Timouride.

4 Al-Khorezmi : né dans les 780 dans la région du Khwarezm (d’où il prend son nom), et mort vers 850 à Bagdad. Mathématicien, géographe, astrologue et astronome persan. 

5 Ulug Beg : prince timouride, astronome, mathématicien et homme de science du XVe siècle. Il est considéré comme l’un des plus grands savants de l’Islam médiéval – et aussi l’un des plus grands astronomes de son temps.

6 Madrasa : appelé aussi médersa, établissement islamique d’enseignement sunnite.

Voir à Tachkent

Architecture et urbanisme.

Nichée entre les montagnes de Tchimgan et les plaines fertiles du Syr-Daria, Tachkent surprend par son équilibre entre tradition et modernité. Capitale aérée et généreusement arborée, elle s’étend au cœur d’une région agricole en pleine transformation. Les vergers et les vignobles y gagnent peu à peu du terrain sur les anciens champs de coton.
Dans la ville, mosquées anciennes, blocs soviétiques et constructions futuristes cohabitent harmonieusement. Ce paysage urbain en perpétuel renouveau reflète un Ouzbékistan tourné vers l’avenir, sans renier ses racines.

Monument érigé au XIVe siècle

Complexe Zangiota : un sanctuaire soufi chargé d’histoire.

À une quinzaine de kilomètres du centre de Tachkent s’élève un site empreint de quiétude : le complexe Zangiota. Il rend hommage à Sheikh Ai-Khoja ibn Taj Khodja, surnommé « Zangiota » mort en 1258. Il joue un rôle essentiel dans la diffusion de l’islam en Asie centrale au XIIIe siècle. Cent ans après sa mort, Amir Temur (Tamerlan) ordonne la construction d’un mausolée 1 en son honneur, marquant ainsi le début de ce complexe sacré. Ce lieu de pèlerinage populaire est agrandi au fil des siècles pour inclure mosquée, madrasa et minaret. L’atmosphère y est apaisante, et les visiteurs y viennent autant pour prier que pour admirer l’élégance de son architecture. Il est le symbole du lien entre pouvoir politique et spiritualité dans l’Asie centrale médiévale.

Un ensemble architectural riche et symbolique

Le complexe comprend :

  • Le mausolée de Zangiota du XIVe siècle : initialement une structure à quatre pièces, il est embelli sous le règne d’Ulugbek, petit-fils de Tamerlan, avec des carreaux émaillés et des inscriptions arabes.
  • Le mausolée d’Anbar Bibi du XIVe siècle : épouse de Zangiota, elle est vénérée comme la patronne des femmes et des mères. Son mausolée est un lieu de pèlerinage pour celles qui cherchent fertilité et bonheur familial.
  • Un portail monumental (Darvozakhana) du XVe siècle : décoré de mosaïques colorées et d’inscriptions arabes, il marque l’entrée principale du complexe.
  • Une madrasa : ajoutée aux XVIIIe et XIXe siècles : elle présente une cour trapézoïdale entourée de cellules pour les étudiants.
  • Une mosquée du XIXe siècle : construite par un juge local, elle reflète l’architecture islamique de l’époque.
  • Un minaret : érigé en 1870, orné de carreaux émaillés colorés.
Un lieu restauré, entre prière et sérénité

Dans les années 1990, une restauration majeure est entreprise pour préserver le complexe. La rénovation des bâtiments historiques lui redonne des allures de jeunesse. Fontaines, jardins et allées ombragées ont été soigneusement intégrés, renforçant ainsi l’atmosphère paisible du lieu.

1 Mausolée : monument funéraire de grandes dimensions. 

Monuments érigés au XVIe siècle

La place Khast Imam, cœur spirituel de Tachkent.

Situé dans le district d’Olmazor, c’est le plus ancien quartier de la capitale. Les maisons en briques traditionnelles sont entourées de murs de pisé, souvent dépourvus de fenêtres donnant sur l’extérieur. Ce type d’architecture reflète un mode de vie centré sur l’intimité familiale. Au cœur de ce quartier ancien, la place Khast Imam (ou Hast-Imam) incarne l’identité islamique ouzbèke.
Elle est aussi le témoin vivant d’un savoir ancestral, transmis de génération en génération.

Complexe Khast-Imam. Photo 2018

Un ensemble architectural riche de mémoire
  • Le mausolée de Kaffal Shashi (XVIe siècle) : au sein d’une magnifique roseraie, il abrite la tombe de l’imam Kaffal Shashi, dont la réputation de sage et de soufi 1 attirait des disciples de toute la région. Le mausolée se distingue par sa coupole turquoise, ses majoliques 2 délicatement travaillées et son atmosphère de recueillement.
  • La madrasa Barak Khan (XVIe siècle) : centre d’apprentissage islamique important; elle témoigne de l’influence scientifique et religieuse des Chaybanides à Tachkent. Le bâtiment se distingue par ses deux minarets encadrant un portail monumental décoré de majolique turquoise et de calligraphies 3 coraniques. Très bien restaurée, la madrasa abrite aujourd’hui l’administration religieuse de l’Ouzbékistan et reste un haut lieu du patrimoine spirituel national.
  • La Mosquée Tilla Sheikh (XIXe siècle) : elle est érigée en 1857, alors que Tachkent est sous la domination du khanat de Kokand 4. Elle est aujourd’hui encore utilisée comme mosquée du vendredi. Les façades en brique sont agrémentées de détails architecturaux délicats, bien que la décoration reste globalement modeste. Ce lieu est aussi connu pour abriter une importante bibliothèque de manuscrits religieux, renforçant sa valeur culturelle et spirituelle.
Le Coran d’Othman, trésor de l’islam conservé à Tachkent
  • La madrasa Muyi Mubarak (XIXe siècle) : cette madrasa est aujourd’hui célèbre pour héberger le « Coran d’Othman », l’un des plus anciens manuscrits coraniques connus. Daté du VIIe siècle, et selon la tradition écrit par le calife 5 Othman, il est considéré comme le plus ancien Coran existant. Ce Livre est unique par l’intégrité des pages en peau de gazelle et les traces du sang du calife, exécuté en 656 par des assassins. En 1400, lors de sa guerre contre le califat de Bagdad, Amir Timur s’empare de cette copie et la ramène à Samarkand. En 1869, le gouverneur du Turkestan russe transfère la relique dans la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg. Le livre saint retourne à Tachkent en 1924. Aujourd’hui, la madrasa fait office de musée religieux, très visité tant par les fidèles que les touristes.

1 Soufisme : courant mystique de l’islam qui met l’accent sur la spiritualité, l’ascèse et la quête d’une relation directe avec Dieu.

2 Majolique : désigne une céramique émaillée et décorée, souvent utilisée dans l’architecture islamique, notamment en Asie centrale.

3 Calligraphie : art sacré, souvent utilisé pour orner les monuments religieux avec des versets du Coran, des prières ou des noms d’Allah et du Prophète.

4 Khanat de Kokand : un des trois khanats ouzbeks d’Asie centrale, dans ce que l’on nommait au XIXe siècle le “Turkestan”.

5 Calife : titre du chef suprême des musulmans.

La Madrasa Kukeldash, la sagesse des Ancêtres

Érigée vers 1570, cette madrasa est l’un des plus grands et plus anciens monuments encore debout à Tachkent.

Madrasa Kukeldash, la plus grande école religieuse du pays. Photo 2017

Elle se situe non loin du bazar Chorsu, au cœur de la vieille ville. Son commanditaire, le vizir 1 Kukeldash, servait sous le règne du khan chaybanide Dervish Khan.

Comme beaucoup de madrasas d’Asie centrale, le bâtiment s’articule autour d’une vaste cour intérieure. Deux étages de cellules, les hujras, accueillent les étudiants. L’entrée est signalée par un pishtak, un portail monumental typique. L’édifice, en brique, présente une ornementation modeste aujourd’hui, bien que plus élaborée à l’époque de sa splendeur.

Son histoire mouvementée — ayant servi de forteresse, de caravansérail 2, puis de musée — a contribué à sa préservation, malgré les dégradations. Restaurée dans les années 1990 et 2000, elle symbolise la résilience du patrimoine éducatif islamique à Tachkent.

1 Vizir : fonctionnaire de haut rang, ayant un rôle de conseiller ou de ministre auprès des dirigeants musulmans.

2 Caravansérail : type d’auberge fortifiée située le long des routes commerciales en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Bazar Chorsu, le théâtre de la vie

Chorsu, le cœur vivant de la vieille ville

Dans une mer de dômes turquoise et de ruelles bondées, le bazar Chorsu 1 vibre d’activité.

Un tourbillon d’épices et de vie au marché Chorsu. Photo 2016

Déjà mentionné au XVIe siècle, le grand marché connait mille visages. On vient des quatre coins du monde pour y trouver toute une variété de denrées et d’œuvres orientales.

Aujourd’hui, son immense coupole centrale abrite un ballet quotidien : les vendeurs de fruits, parfums d’épices, cris joyeux, mains qui pèsent et troquent. Chaque étal est une miniature d’Asie centrale : les pains ronds dorés de Samarcande, les figues sèches de Ferghana, les cotons aux motifs ikat 2 multicolores de Marguilan. Les marchands, en robe traditionnelle et chapeau doppe 3, vous saluent avec des yeux pétillants et une hospitalité sans feinte.

Un marché traditionnel ancré dans le présent

Le pittoresque bazar est l’endroit idéal pour observer et vivre le quotidien des ouzbeks. Aménagé sur une large place, son centre est dominé par une grande coupole de 350 m de diamètre. C’est l’hypermarché de Tachkent. Les viandes, légumes gouteux et fruits frais et secs, épices parfumées, sucreries, salades composées, préparées à la demande, abondent sur les étals. À l’extérieur du dôme, les marchands de fleurs et autres plantations exposent leurs végétaux. Les magasins de vêtements de cérémonies brodés d’or scintillent derrière les vitrines. Ailleurs, les articles de cuisine, locaux ou chinois, débordent sur les trottoirs.

1 Chorsu : littéralement traduit du persan “eski-juva” : les quatre chemins, ou le carrefour.

2 Ikat : tissu de soie ou de coton servant à la confection ou à la décoration des maisons.

3 Doppe : calotte noire et blanche, brodée de motifs floraux stylisés. Elle est un marqueur ethnique et religieux.

Monuments érigés au XIXe siècle

La madrasa Abulkasim, le souffle bleu du savoir et des mains

Madrasa Abulkasim renfermant des trésors artisanaux. Photo 2015

Construite à la fin du XIXe siècle, cette madrasa est nichée dans le quartier de l’ancien Tachkent, un écrin de briques et de faïences. Construite sous l’impulsion du cheikh Abul Kasim, figure respectée de la ville, elle a servi de centre éducatif et spirituel, accueillant jusqu’à 150 étudiants.

Sa façade, d’une brique chaude et douce, s’ouvre par un grand aïwan 1 central encadré de deux ailes symétriques. Pas d’or ni de fastes ici. Les majoliques turquoise aux reflets célestes, des inscriptions calligraphiées sont d’une élégance discrète. Les portes de bois sont sculpté comme des tapis d’étoiles.

Résilience et renaissance d’un lieu d’art

Au fil du XXe siècle, la madrasa Abul Kasim, comme tant d’autres lieux de culte en Asie centrale, subit les fermetures, les détournements, les silences imposés de l’époque soviétique. Mais elle n’a jamais été détruite. Après avoir été utilisée comme refuge et atelier de jouets au XXe siècle, la madrasa est restaurée dans les années 1980. Aujourd’hui, elle abrite le Centre national des arts appliqués, où artisans et artistes perpétuent les traditions ouzbèkes : broderies suzani 2 , céramiques, miniatures, gravures sur bois et métal. C’est un lieu de paix et de création, de beauté tranquille d’un monde qui refuse la précipitation.

1 Aïwan : un élément architectural qui consiste en une salle voûtée fermée sur trois côtés, et béant sur le quatrième côté qui est, en général, délimité par un grand arc en tiers-point, dit arc persan.

2 Suzani : littéralement “aiguille” en persan, la broderie suzani est un élément de décoration des peuples nomades.

Le Musée des Arts Appliqués, l’âme artisanale de l’Ouzbékistan

Une demeure impériale aux racines artisanales

Un joyau architectural de couleurs, bois sculpté et savoir-faire ouzbek. Photo 2015

Construite à la fin du XIXe siècle par Alexandre Polovtsev 1, haut fonctionnaire de l’Empire russe, cette demeure fut conçue comme une ode aux savoir-faire artisanaux d’Ouzbékistan.

Pour l’orner, il fait appel aux meilleurs maîtres-artisans de Boukhara, Samarcande, Khiva et Ferghana. Résultat : chaque pièce est une œuvre d’art à part entière.

Un musée vivant de l’artisanat ouzbek

En 1937, la maison est transformée en musée national, dédié aux arts appliqués. Elle abrite aujourd’hui une collection exceptionnelle de plus de 4 000 objets. On peut y voir des suzanis brodés, des céramiques éclatantes, des bijoux traditionnels, et des instruments de musique. Dès l’entrée, le visiteur est saisi par la finesse des décors. Plafonds en bois sculpté et peint, stucs délicats, céramiques vernissées, murs colorés. Tout ici célèbre la richesse de l’artisanat ouzbek. Un mihrab 2 ornemental attire particulièrement le regard dans la grande salle de réception. Il est un témoignage émouvant de la fusion entre culture islamique et esthétique aristocratique. Chaque salle raconte une histoire. Ici, les motifs floraux dansent sur les murs ; là, une porte ancienne s’ouvre comme une page de légende.

Elle incarne à merveille la rencontre entre Orient et Occident, tradition et modernité.

1 Polovtsev, Alexandre Alexandrovitch : diplomate, ethnographe et orientaliste russe, il a occupé diverses fonctions dans des musées après la révolution d’octobre 1917, avant d’émigrer en France.

2 Mihrab : niche pratiquée dans un des murs d’une mosquée pour indiquer la direction de La Mecque et dans laquelle l’imam dit la prière.

La place Amir Timur, le cœur de marbre et de gloire

Un carrefour d’histoire et de mémoire

La place Amir Timur est bien plus qu’un simple rond-point. Il est un théâtre de l’Histoire, un lieu où chaque décennie a laissé son empreinte. Située au cœur de la capitale, elle incarne à la fois le renouveau post-soviétique de l’Ouzbékistan et la mémoire glorifiée de son héros national, Tamerlan (Amir Timur en ouzbek).

Les métamorphoses d’un lieu entre les XIXe et XXIe siècles : sous l’Empire russe, on l’appelle la place Constantin Kaufmann 1 . On y célèbre la domination impériale, les parades militaires, la russification. Après la Révolution d’Octobre, elle devient la place de la Révolution, ornée d’un monument à Karl Marx 2 . Puis c’est à Lénine que revient la place centrale. Ce n’est qu’en 1993, deux ans après l’indépendance de l’Ouzbékistan, que la place prend son nom actuel, Amir Timur, un choix hautement symbolique et politique.

Amir Timur sur la place centrale. Photo 2024

Un symbole national au cœur de la capitale

Dominant la place depuis 1993, la statue équestre de Tamerlan remplace celle de Lénine, déboulonnée après l’indépendance. Le conquérant du XIVe siècle y est représenté en armure, sur un cheval puissant, tenant son sceptre. Sur le socle, une inscription : « Force dans la justice » , devise attribuée à Timur. La statue est un lieu de rassemblement patriotique, souvent entourée de visiteurs et de couples de jeunes mariés venant s’y photographier.

La place a conservé sa forme circulaire au cours des ans, entourée de platanes centenaires, de fontaines et de parterres fleuris. Elle est aussi considérée comme le centre géographique de Tachkent : tous les grands boulevards rayonnent depuis ce rond-point majestueux.

1 Kaufmann (Constantin Petrovitch von 1818–1882) : était un général et administrateur russe d’origine autrichienne, connu pour avoir été le premier gouverneur général du Turkestan russe.

2 Marx (Karl 1818–1883) : révolutionnaire allemand, connu pour être le principal théoricien du marxisme, une doctrine politique, sociale et économique fondée sur l’analyse des conflits de classes et le rôle de l’économie dans le développement des sociétés.

Le palais des Romanov, le songe de l’empire en exil

Niché dans un jardin ombragé au centre de Tachkent, le Palais Romanov est l’un des rares témoignages de l’architecture impériale russe en Asie centrale.

Un coin d’histoire figé dans le temps, entre empire et Orient. Photo 2015

Édifié entre 1891 et 1892, le palais est la résidence du grand-duc Nikolaï Konstantinovitch Romanov, cousin du tsar 1 Alexandre II. Nikolaï est exilé à Tachkent après un scandale à la cour de Saint-Pétersbourg. Passionné d’art et de sciences, il mène une vie discrète mais influente dans la région. Grand mécène, il finance des hôpitaux, des projets agricoles et archéologiques.

Son palais reflète un style éclectique. Son architecture mêle influences baroques russes 2, touches néo-byzantines 3 et détails orientaux. La façade en brique décorée, les colonnes sculptées et les lucarnes en font une curiosité unique dans le paysage urbain.

Du faste tsariste à l’ombre soviétique

Avec la Révolution de 1917, le destin du palais bascule. Nicolas Romanov meurt peu après, en 1918, dans l’indifférence et la solitude. Son palais est réquisitionné par les nouvelles autorités soviétiques. Une fois nationalisé, la demeure connait plusieurs usages : musée, siège du NKVD 4, maison des pionniers… Il est aujourd’hui fermé au public, utilisé par le ministère des Affaires étrangères, ce qui alimente son aura discrète et presque secrète.

Son jardin, ouvert aux promeneurs, reste un lieu paisible en plein centre-ville, à quelques pas de la place de l’Indépendance.

1 Tsar : titre porté par les empereurs de Russie.

2 Baroque russe : style architectural de la fin du XVIIe siècle venant d’Europe occidentale et adapté au contexte russe.

3 Néo-byzantin : style architectural de la fin du XIXe siècle des pays orthodoxes et d’Europe de l’Est s’inspirant de l’art byzantin médiéval (Ive et XVe siècle).

4 NKVD (Narodny Komissariat Vnutrennikh Del) :  “Commissariat du peuple aux Affaires intérieures”, police secrète et organe de sécurité de l’État soviétique, sous Staline, avant de devenir plus tard le KGB.

Monuments érigés au XXe siècle

La cathédrale orthodoxe russe de la Dormition, île de l’encens au cœur de l’oasis

Chapelle de la cathédrale orthodoxe de la Dormition. Photo 2017Avec son dôme d’or étincelant et ses fresques aux teintes célestes, c’est l’un des cœurs les plus anciens et les plus battants de la communauté chrétienne d’Asie centrale.

L’histoire de la cathédrale commence à l’aube du XXe siècle, dans le contexte de l’expansion impériale russe au Turkestan. Alors que Tachkent devient un centre administratif et militaire majeur de l’empire, l’Église orthodoxe 1 y fonde son assise. Construite en 1871 dans le quartier central de la capitale, l’église Saint Panteleimon est le premier lieu de culte chrétien orthodoxe russe.

Transformations et renouveau spirituel

Depuis sa construction, la cathédrale a connu plusieurs transformations majeures. Fermée en 1933 sous l’ère soviétique, elle sert d’entrepôt militaire jusqu’à sa réouverture au culte en 1945. Elle devient alors cathédrale et est dédiée à la Dormition de la Vierge 2 .​ Agrandie dans les années 1990, elle voit son clocher reconstruit en 2010, devenant l’un des plus hauts du pays.​ Elle constitue aujourd’hui le siège de l’éparchie orthodoxe russe 3 de Tachkent.​

Un havre de foi dans une ville plurielle

Pour la visite du Patriarche 4 Alexis II en 1996, l’intérieur a été richement décoré de fresques, d’icônes et de mobilier liturgique d’inspiration russe.​
La cathédrale est entourée d’un jardin paisible, agrémenté de chapelles secondaires, d’une fontaine d’eau bénite et d’un petit centre spirituel. Elle reste un lieu actif de prière et de célébration pour la communauté orthodoxe d’Ouzbékistan. Dans une ville à majorité musulmane, cette présence chrétienne ne choque pas. Elle rappelle que Tachkent a toujours été un carrefour spirituel, un lieu où les langues et les cultes ont cohabité, avec une sagesse tacite.

1 Église orthodoxe : l’une des trois grandes branches du christianisme, aux côtés du catholicisme et du protestantisme, appelée aussi Église orthodoxe orientale.

2 Dormition de la Vierge : fête religieuse majeure dans l’Église orthodoxe désignant la mort paisible de la Vierge Marie, avant son élévation au ciel.

3 Éparchie de Tachkent et d’Ouzbékistan : siège épiscopal de l’Église orthodoxe russe en Asie centrale, faisant partie du Patriarcat de Moscou. Elle dépend directement de l’Église orthodoxe russe.

4 Patriarche : père spirituel de haut rang, chef d’une Église indépendante dans le monde orthodoxe, avec une grande autorité religieuse, dont le pouvoir est limité à son Église locale.

Le théâtre Alicher Navoï, le temple de la danse et du lyrique

Le Temple de l’art lyrique et de la danse. Photo 2016

Au cœur de Tachkent, entre les avenues bordées de magnolias et les fontaines qui chantent sous le soleil, se dresse un bâtiment majestueux. Le Théâtre d’État académique de l’Opéra et du Ballet Alicher Navoï, souvent surnommé le Bolchoï de l’Est, conjugue sobriété et somptuosité. Ce théâtre ne porte pas son nom par hasard : Alicher Navoï (1441–1501), poète, philosophe, penseur, est le père de la littérature ouzbèke. Il a élevé la langue tchaghataï 2 au rang d’instrument poétique, chanté l’amour mystique, la justice, la quête intérieure.

Un chef-d’œuvre né en temps de guerre

En 1943, l’Europe brûle et que les champs de bataille s’étendent jusqu’aux confins du Caucase.  Et c’est pourtant à cette époque que l’Union soviétique décide d’ériger à Tachkent un temple pour les arts lyriques. Les plans sont confiés à Alexeï Chtchoussev, célèbre architecte de la tombe de Lénine. Il compose un édifice inspiré des madrasas timourides. Il le décore muqarnas 3, de céramiques, de stucs en arabesques. Le théâtre est en partie construit par des prisonniers de guerre japonais. Internés en Ouzbékistan pendant la Seconde Guerre mondiale, ces hommes participent, souvent à mains nues, à l’édification de ce joyau. En 1947, les portes du théâtre s’ouvrent.

Un écrin pour les arts lyriques en Asie centrale

Depuis ce jour, le théâtre Navoï est le cœur battant de la scène lyrique ouzbèke. Les opéras y résonnent en ouzbek, en russe, en italien. Les ballets s’y élèvent entre classicisme et folklore. L’intérieur est un écrin. La salle principale, aux dorures délicates, s’ouvre comme une fleur rouge et or. Les loges s’empilent en fer à cheval, les lustres de cristal oscillent doucement au-dessus des spectateurs.

Face à l’édifice, dès la nuit tombée, la fontaine se pare de multiples couleurs et les jets d’eau dansent au son des musiques classiques.

1 Bolchoï : l’un des théâtres les plus célèbres au monde, emblématique de la culture russe. Il est particulièrement renommé pour son opéra et surtout son ballet.

2 Tchaghataï : langue littéraire et administrative des empires turco-mongols, notamment le khanat de Tchaghataï (fondé par un fils de Gengis Khan), les Timourides et les Moghols en Inde. 

3 Muqarna : élément d’architecture islamique très distinctif, aussi appelé parfois « stalactites architecturales » ou « nid d’abeilles ». Fait en plâtre, pierre, bois ou brique il représente la transition entre le monde terrestre et le monde céleste.

Le théâtre Ilkhom, le souffle de la Liberté

Théâtre-refuge pour les libres penseurs pendant RSSO 1 . Photo 2019

Au détour d’une avenue discrète du centre de Tachkent, une porte s’ouvre, presque cachée dans les entrailles d’un bâtiment soviétique ordinaire.
Derrière elle se trouve l’un des lieux les plus audacieux et les plus vibrants de la scène culturelle d’Asie centrale. Le théâtre Ilkhom, dont le nom signifie “Inspiration” en ouzbek, n’est pas simplement un théâtre : il est l’un des premiers théâtres non étatiques dans toute l’URSS.
Il faut revenir en 1976, dans l’Ouzbékistan soviétique, pour mesurer l’ampleur de cette initiative. À cette époque, l’art est encore sous surveillance, et la liberté d’expression se négocie à demi-mot. C’est pourtant dans ce contexte que Mark Weil 2 , jeune metteur en scène visionnaire, fonde un théâtre indépendant — le premier et seul du genre en URSS. Ce théâtre ne répond ni aux ordres du Parti, ni aux modèles classiques. Ilkhom ne fut jamais “autorisé” officiellement.

Un espace d’avant-garde en temps de censure

Dès ses premières années, Ilkhom se démarque par un répertoire inédit. Il s’y produit des pièces contemporaines, des textes expérimentaux, des adaptations de Shakespeare, Dostoïevski, Kafka. On y trouve aussi des œuvres originales destinées à révéler les non-dits de la société soviétique, les contradictions humaines, l’absurde du monde. Dans une société où l’art officiel s’enferme dans le dogme, Ilkhom devient un refuge pour les esprits libres. C’est un véritable laboratoire du théâtre, où se croisent comédiens, peintres, musiciens, écrivains et philosophes.

Héritage d’un théâtre insoumis

En septembre 2007, Mark Weil, le fondateur charismatique du théâtre, est assassiné à Tachkent. Un choc pour les artistes, pour la liberté d’expression. Il venait de mettre en scène La tragédie de Jeanne, sa dernière pièce. Elle est jouée le lendemain de sa mort, les acteurs ayant décidé de maintenir la représentation. Depuis, Ilkhom n’a jamais cessé d’exister.

Son musée retrace les diverses pièces jouées depuis son ouverture et sur les murs, les graffitis rappellent le passage de nombreux acteurs internationaux.

1 RSSO : Républiques Socialiste Soviétiques d’Ouzbékistan.

2 Weil (Mark Yakovlevich 1952 – 2007) : metteur en scène de théâtre soviétique et ouzbek, fondateur et directeur artistique du théâtre Ilkhom à Tachkent.

Le Cirque de Tachkent, une icône culturelle à découvrir

Pour la joie des grands et des petits, une expérience inoubliable.

Le cirque, vestige architectural unique de la période soviétique. Photo 2018

Inauguré en 1976, le Cirque d’État de Tachkent est l’un des derniers grands cirques en dur construits sous l’ère soviétique. Installé sur les berges du canal Ankhor, il incarne à la fois un lieu de spectacle vivant et un vestige architectural unique de la période soviétique.

Son imposant dôme de 40 mètres de diamètre, autoportant, est visible de loin. Inspiré des chapiteaux traditionnels, il repose sur une structure en béton et métal. Les façades sont ornées de mosaïques colorées typiques des arts décoratifs soviétiques, représentant des scènes festives et des animaux. À l’intérieur, la salle en gradins peut accueillir près de 2 000 spectateurs, autour d’une piste centrale. Le bâtiment est conçu pour assurer une visibilité parfaite, avec une machinerie innovante pour l’époque.

Un lieu vivant entre tradition et spectacle

Depuis ses débuts, le cirque accueille des artistes d’Ouzbékistan et d’ailleurs : acrobates, clowns, dresseurs, funambules… Très populaire dans les années 1980, il a été rénové dans les années 2010 pour retrouver sa splendeur. Aujourd’hui encore, il propose des spectacles vivants mêlant acrobatie, danse folklorique, musique et humour, dans une atmosphère familiale. C’est un lieu prisé par les familles locales comme par les voyageurs curieux.

Le Métro de Tachkent, cathédrale souterraine de la mémoire soviétique

Après le terrible tremblement de terre de 1966, qui détruit une grande partie de Tachkent, la capitale ouzbèke devient le chantier-modèle du socialisme rénovateur. C’est dans ce contexte que Moscou autorise la création d’un métro, symbole de modernité, d’ordre et de puissance. Les travaux commencent dans les années 1970 et le 6 novembre 1977, la première ligne est inaugurée. Le métro de Tachkent est le premier métro d’Asie centrale et l’un des plus élégants du monde, il symbolise le renouveau urbain de la capitale ouzbèke.

Un musée souterrain d’art et d’histoire

Chaque station est une œuvre d’art unique, mêlant marbre, verre, céramique, bas-reliefs ou lustres monumentaux. Conçues par des artistes ouzbeks, les stations illustrent l’histoire, la culture et l’identité nationale :

  • Kosmonavtlar rend hommage aux cosmonautes soviétiques avec un plafond bleu nuit étoilé et des portraits stylisés.
  • Alisher Navoi, dédiée au poète national, évoque une mosquée timouride avec ses arcs et mosaïques inspirés de Samarcande.
  • Pakhtakor (le “cotonnier”) reflète le rôle du coton dans l’économie ouzbèke.

L’ambiance calme, les quais propres et les fresques murales en font un véritable musée souterrain vivant.

Un réseau moderne, ouvert aux voyageurs curieux

Le métro compte aujourd’hui 4 lignes et plus de 45 stations, avec des extensions régulières. Bien climatisé, rapide, et très abordable, c’est l’un des moyens les plus efficaces et agréables pour découvrir Tachkent.

Autrefois interdit à la photographie pour des raisons de sécurité, le métro est aujourd’hui accessible aux visiteurs et amateurs d’art. Ils peuvent désormais y flâner librement et capturer en images la beauté de ses stations.

La Tour de Télévision, l’aiguille dans le ciel

Tel un vaisseau spatial, symbole de l’avenir de l’Ouzbékistan. Photo 2016

Du haut de ses 375 mètres, elle perce le ciel d’Asie centrale comme un compas d’acier tendu vers l’invisible. Visible depuis tous les quartiers de la ville, la Tour de télévision de Tachkent ne se limite pas à son rôle de relais technologique. Elle s’impose comme un totem moderne, un monument à la verticalité dans une ville dominée par les maisons basses et les dômes arrondis. Inaugurée en 1985, elle devient alors la plus haute structure d’Asie centrale. Pendant un temps, elle figure même parmi les quatre tours de télévision les plus hautes du monde. Sa conception allie prouesse technique et esthétique futuriste soviétique.

Une prouesse architecturale tournée vers le ciel

Sa silhouette est reconnaissable entre toutes : un trépied élancé, soutenant un fût central qui s’élève comme une colonne vertébrale. À mi-hauteur, une structure en forme de soucoupe volante, vitrée et cerclée de métal, abrite un restaurant tournant. Et tout en haut, les antennes dressées pointent vers le cosmos comme des instruments d’astronomie. La structure, fine mais robuste, est conçue pour résister aux tremblements de terre, fréquents dans la région. Depuis les plateformes d’observation, situées à 97 mètres puis à 110 mètres d’altitude, la ville s’offre en panorama. On y aperçoit les avenues radiales, les quartiers soviétiques en damier, les dômes turquoise des madrasas et les minarets lointains. À l’horizon, se dessine la ligne bleutée des montagnes du Tian Shan 1 . En contrebas, la vie urbaine continue, minuscule, presque irréelle.

Un centre technologique devenu icône nocturne

La tour ne se limite pas à sa silhouette impressionnante : elle reste un centre actif de diffusion pour la radio, la télévision et les communications. À l’époque soviétique, elle était aussi utilisée à des fins militaires et scientifiques. Elle abrite aujourd’hui un musée des télécommunications, retraçant l’histoire des technologies en Ouzbékistan, de la radio au satellite.

De nuit, lorsqu’elle s’illumine de bleu et de blanc, la tour ressemble à une sculpture cosmique, ou à un vaisseau spatial en attente de départ.

1 Tian Shan : grande chaîne de montagnes située en Asie centrale. Son nom signifie “montagnes célestes” en chinois.

Musée du Train de Tachkent, un voyage sur les rails du temps

À quelques minutes du centre-ville, près de la gare nord de Tachkent, se trouve le Musée du chemin de fer d’Ouzbékistan, aussi appelé Musée du Train en plein air. C’est une halte insolite et fascinante, aussi bien pour les passionnés de locomotives que pour les curieux d’histoire industrielle. Ouvert en 1989, le musée s’étend sur près de 4 hectares. Il propose une impressionnante collection de plus de 60 trains et wagons, tous exposés en extérieur. On y découvre :

  • Des locomotives à vapeur du début du XXe siècle
  • Des trains diesel et électriques de l’époque soviétique
  • Des wagons présidentiels, des voitures postales, des wagons-hôpitaux
  • Des véhicules spécialisés comme les chasse-neige ferroviaires ou grues mobiles
Un musée à ciel ouvert, entre technique et découverte

Certaines peuvent même être visitées, permettant d’explorer les cabines de conduite, les moteurs et les wagons restaurés. Le musée retrace l’histoire du chemin de fer en Ouzbékistan, depuis l’époque tsariste jusqu’à l’ère soviétique. Il met en lumière le rôle essentiel du rail dans le développement économique et social du pays. Le réseau ferroviaire a permis le transport du coton, des minerais, des populations, mais aussi joué un rôle stratégique pendant les guerres et les grands projets d’infrastructure.

Objets, souvenirs et mémoire ferroviaire

Un petit pavillon couvert propose des maquettes, des uniformes de cheminots, des instruments de signalisation, et des photos d’archives.

Légendaires locomotives et wagons surannés. Photo 2017

À partir de 1991, le premier président ouzbek, Islam Karimov 1, engage un vaste programme de reconstruction de la capitale, baptisé “Tashkent City”.
Ce projet mêle traditions de l’architecture islamique — arches, coupoles turquoises, décors en gypse sculpté — au classicisme monumental, avec ses grandes colonnes et l’usage massif du marbre. Il intègre également un modernisme fonctionnel, propre à une capitale en pleine transformation. L’objectif est clair : illustrer le renouveau de la nation et affirmer la place de l’Ouzbékistan comme puissance économique régionale.

1 Islam Karimov : Président du Soviet suprême de la RSS d’Ouzbékistan du 24 mars 1990 au 1er septembre 1991, puis de la République d’Ouzbékistan du 1er septembre 1991 à sa mort le 2 septembre 2016.

Le Musée des Timourides à Tachkent : un hommage à l’âge d’or de l’Asie centrale

Un Empire, une Légende : les trésors des Timourides. Photo 2015

Situé au cœur de Tachkent, à deux pas de la place Amir Timur, le Musée de l’État des Timourides (ou Amir Temur Museum) est un véritable bijou architectural. Il est dédié à la mémoire de l’un des plus grands conquérants d’Asie centrale : Tamerlan, fondateur de l’Empire timouride au XIVe siècle. Le musée est inauguré en 1996, à l’occasion du 660e anniversaire de la naissance de Tamerlan. Il célèbre l’héritage politique, militaire, artistique et scientifique de la dynastie timouride (XIVe–XVe siècle), dont l’influence s’est étendue de l’Inde à la Méditerranée.

Une architecture inspirée de l’âge d’or timouride

Le bâtiment lui-même est une œuvre d’art : son dôme bleu turquoise est une référence directe aux célèbres monuments de Samarcande, comme le Gur-e-Amir (mausolée de Tamerlan). La structure circulaire du musée, surmontée d’un toit en coupole, est entourée de jardins soigneusement aménagés, dans un style inspiré des jardins perses.
À l’intérieur, les décors richement ornés de mosaïques, dorures et calligraphies arabes transportent les visiteurs à l’époque des grands bâtisseurs. Le marbre, les bois sculptés et les vitraux colorés contribuent à créer une atmosphère solennelle et raffinée.

Un lieu de mémoire et d’identité nationale

Le musée abrite plus de 3 000 objets.
On y trouve des manuscrits anciens, des cartes, des pièces d’art, des objets militaires, ainsi que des maquettes de monuments emblématiques. Le parcours met en valeur des représentations de Tamerlan et des portraits de ses descendants, comme Ulugh Beg, célèbre astronome. On y découvre également des œuvres qui illustrent la richesse intellectuelle et artistique de l’époque timouride.

Plus qu’un musée, c’est un lieu symbolique pour l’identité ouzbèke moderne. Il célèbre le rôle de Tamerlan comme fondateur d’un âge d’or artistique et scientifique, et comme figure unificatrice de la nation.

La Place de l’Indépendance, cœur symbolique de Tachkent

Jeux d’eau sur la Place de l’Indépendance. Photo 2015

En 1936, la place Lénine est le cœur symbolique de la république soviétique d’Ouzbékistan. Une imposante statue du dirigeant bolchevik 1 y trône, le bras tendu vers un avenir idéologique.

C’est alors un centre de pouvoir, de propagande, de défilés militaires — un miroir de Moscou à l’échelle ouzbèke. Mais en 1991, lorsque l’Ouzbékistan recouvre son indépendance après l’effondrement de l’URSS, l’esplanade devient la place de l’Indépendance, le lieu d’un basculement. Lénine disparaît. Le passé se tait. Une nouvelle ère s’inscrit sur la pierre, et avec elle, une volonté farouche d’affirmer une identité propre, enracinée dans l’histoire mais tournée vers l’avenir.

Une esplanade monumentale et ouverte

S’étendant sur plus de 12 hectares, la place s’étend sur un vaste espace orné de fontaines, jardins, colonnades blanches et monuments. L’entrée principale est marquée par un portique monumental. Celui-ci est flanqué de colonnes de marbre blanc et connu sous le nom d’Arc de l’Indépendance et de l’Humanisme. Il est inauguré dans les années 2000. Au sommet de cet arc trône une sculpture de la Mère Patrie tenant son enfant, symbole de paix et d’avenir.

À proximité, on trouve également plusieurs bâtiments officiels, comme le Sénat ouzbek. La place abrite aussi des monuments commémoratifs, dont le Mémorial aux soldats tombés pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce dernier est marqué par une flamme éternelle et un espace de recueillement.

Un lieu de mémoire et de célébration

La place est un point de rassemblement central lors des fêtes nationales, comme la Journée de l’Indépendance (1er septembre). Le reste de l’année, les visiteurs peuvent y flâner parmi les allées fleuries, admirer les bassins et prendre des photos devant les monuments élégants.

C’est l’un des sites emblématiques de Tachkent : cette vaste esplanade est bien plus qu’un simple lieu public, elle incarne la fierté nationale et l’identité moderne du pays.

1 Bolchevik : faction créée en 1903 sous la direction de Lénine.

2023 et le projet “New Tashkent City”

Annoncé comme l’un des projets urbains les plus ambitieux d’Asie centrale, New Tashkent City incarne la volonté du gouvernement ouzbek de bâtir une capitale du XXIe siècle. En 2023, les travaux ont officiellement démarré, marquant une nouvelle ère pour la métropole.

Située à environ 30 km du centre historique, sur un territoire vierge d’environ 20 000 hectares, New Tashkent est pensée comme une extension moderne et écologique de la capitale actuelle. Elle accueillera à terme près d’un million d’habitants, avec des infrastructures résidentielles, gouvernementales et technologiques dernier cri. Le projet vise à désengorger Tachkent tout en préparant la ville à une croissance démographique soutenue.

Une ville intelligente au service de l’avenir

Parmi les éléments-clés du projet :

  • Quartiers résidentiels intelligents, avec énergies renouvelables, gestion numérique des services publics et architecture contemporaine
  • Un nouveau centre administratif, avec des ministères et bâtiments officiels modernes
  • Un district financier international, conçu pour attirer investisseurs et multinationales
  • Parcs urbains, lacs artificiels et transports écologiques, pour une ville durable et verte
  • Un réseau de métro rapide en connexion directe avec Tachkent
Une vision à long terme pour l’Ouzbékistan

Des architectes et urbanistes de renom international, tels que Cross Works et Buro Happold, collaborent avec des agences ouzbèkes pour façonner cette nouvelle capitale dans l’esprit des grandes “smart cities” du monde.

La construction complète s’étendra sur plusieurs décennies, selon un développement progressif. Le projet reflète l’aspiration de l’Ouzbékistan à devenir une plateforme régional moderne et connecté, au carrefour de l’Europe et de l’Asie.

New Tashkent City et le projet d'extension de la capitale

New Tashkent City et le projet d’extension de la capitale. Photo architecte 2023

Transports

Tachkent possède deux aéroports : un pour les lignes internationales, le plus grand d’Asie centrale, et l’autre pour les vols domestiques.

Au départ de Servernyy Vakzal  (gare ferroviaire nord), une ligne de train à grande vitesse relie Tachkent à Samarcande en deux heures puis va jusqu’à Kagan-Boukhara en deux heures vingt. Cette ligne sera prolongée jusqu’à Urgench (Khiva) vers l’ouest et Andijan (Vallée de Ferghana) vers l’est, dans les prochaines années… Il existe aussi un train moins rapide qui dessert toutes les villes importantes de l’Ouzbékistan au départ de Yugeynyy Vakzal (gare ferroviaire sud).

Tous les quartiers sont desservis par des lignes de bus, majoritairement électriques ainsi que de très nombreux taxis.

La capitale ouzbèke est la seule ville d’Asie centrale dotée d’un métro.  La première ligne est inaugurée en 1977, et on compte aujourd’hui quatre lignes et 50 stations. La ville est aussi desservie par un grand réseau de bus et de tramways.

Spectacles et vie nocturne à Tashkent

Théâtres :

  • Théâtre Ilhom, 5 Pakhtakor, Tashkent (théâtre d’avant-garde – en russe et en anglais)
  • Théâtre Mukhimi, 187, rue Makhmud Gafurov, Tachkent (comédies musicales)
  • Opéra Alisher Navoï, 28, rue Moustafa-Kemal-Atatürk, Tachkent (art lyrique, concert, ballets)
  • Le cirque national, 1, place Khadra, Tachkent

Bars, clubs et pubs sont ouverts jusqu’à 23h, voici quelques adresses :

  • CMI Afterparty Bar, rue Kari Niyazov 68, Tachkent
  • Brand 910 Karaoke Club, District de Yunusabad, rue Niezbek Yuli 3, Tachkent
  • Koreana Club, Kichik Xalqa Yo’li 89 St., Tachkent
  • Le pub irlandais de Tachkent, 30 rue Taras Shevchenko, Tachkent

Restaurants :

  • Central Asian Plov, 1 Iftixor ko’chasi, Tachkent
  • Tandiriy, Uchi St., 5, Tachkent
  • Besh Qozon, Guards Colonel Khodjaev Street 1 Near TV Tower, Tachkent
  • Fillet Restaurant, 29 Makhmud Tarabi Street Yakkasaroy, Glinka, Tachkent
  • National Food, Milliy Taomlar Gafur Gulom, Tachkent
  • Lali, Massiv Kiyot, 57B, Tachkent
  • Khan Chapan, Usta-Olim Passage 5, Tachkent
  • Steam Bar, Niyozbek Yuli St., 2, Tachkent
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