LA VALLÉE DU FERGHANA, JARDIN FERTILE D’ASIE CENTRALE
Blottie entre les hautes montagnes du Tian Shan et du Pamir-Alay, la vallée de Ferghana s’étire comme un long ruban vert. Depuis des siècles, ses terres fertiles, nourries par les eaux du Syr-Daria, donnent vie à des vergers, des champs de coton et des plantations de mûriers.
Carrefour historique de la Route de la Soie, la vallée fut le théâtre d’échanges entre Orient et Occident. Marchands, artisans et voyageurs y ont façonné un monde métissé, riche de savoir-faire et de traditions.
De Kokand, ancienne capitale khanique, à Richtan et ses potiers renommés, en passant par Marguilan, berceau de la soie, chaque ville dévoile un héritage unique. La vallée de Ferghana demeure aujourd’hui l’une des régions les plus vivantes et les plus raffinées d’Ouzbékistan. Elle porte encore la mémoire des caravanes et la beauté des arts.
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Kokand
Kokand, la perle des khans
Au cœur de la vallée de Ferghana, Kokand s’impose comme l’une des villes les plus emblématiques d’Ouzbékistan. Blottie dans une plaine fertile, à la croisée des routes caravanières, elle fut autrefois la capitale d’un khanat puissant qui rayonna sur toute la région. Kokand séduit par son atmosphère orientale encore palpable. Les coupoles turquoise, hauts portails ciselés et ruelles animées racontent un passé glorieux.
C’est ici que, pendant près d’un siècle, s’éleva l’un des derniers bastions de l’indépendance en Asie centrale, avant l’arrivée des Russes.
Mais Kokand est aussi le symbole de l’art de vivre dans la vallée. L’élégance des palais, la finesse des céramiques et le raffinement des madrasas témoignent d’un héritage mêlant histoire politique, culture islamique et artisanat local.
Histoire de Kokand
Les origines de Kokand remontent à l’Antiquité, bien que la ville sous son nom actuel n’apparaisse qu’au XVIIIe siècle. La région était déjà habitée à l’époque sogdienne et les oasis alentour servaient de halte aux caravanes circulant entre Chine et Perse.
De 1709 à 1876
Le khanat de Kokand
C’est au début du XVIIIe siècle que la cité prend son essor. En 1709, Shahrukh-biy, chef d’une tribu locale, se proclame khan et fonde le khanat 1 de Kokand. Rapidement, la ville devient capitale de cet État. À son apogée, le khanat s’étend de Tachkent à Khodjent 2, englobant une grande partie de la vallée de Ferghana.

Kokand. Photo de l’orientaliste russe Aleksandr L. Kun 1860
Sous les khans successifs, Kokand se pare de monuments grandioses. Les madrasas, mosquées et palais surgissent, rivalisant d’élégance avec ceux de Boukhara ou Samarcande. Le khanat devient également un foyer commercial majeur, profitant des routes de la soie et de l’artisanat local.
Mais la rivalité avec Boukhara et Khiva, les tensions internes et l’expansion russe marquent peu à peu le déclin du royaume.
1 Khanat : royaume turc ou mongol, dirigé par un khan.
2 Khodjent : ville du Tadjikistan actuel.
De 1876 au début XXe siècle
Kokand après la conquête russe
L’année 1876 marque un tournant décisif : l’armée impériale russe s’empare de Kokand, mettant fin au khanat. La région est intégrée au gouvernorat général du Turkestan, vaste entité administrative russe couvrant une grande partie de l’Asie Centrale.

Arrivée des Russes à Kokand. Photo env. 1880
Les Russes développent Tashkent comme centre administratif et militaire. Dès lors, Kokand perd son statut de capitale politique mais conserve son importance économique et artisanale.
La période coloniale voit émerger de nouveaux quartiers. L’architecture des bâtiments de style européen, des écoles russes et des infrastructures modernes coexistent avec les constructions orientales traditionnelles.
Début du XXe siècle jusqu’en 1991
Résistance et agitation révolutionnaire
Au début du XXe siècle, Kokand devient aussi un foyer de contestation face à la domination russe. La ville participe activement aux mouvements nationalistes et aux révoltes. Notamment durant la Révolte de 1916, les autorités russes vont tenter de recruter massivement les populations d’Asie Centrale pour l’effort de guerre.

Joseph Staline. Affiche de propagande
Après la chute de l’Empire russe en 1917, la région plonge dans l’instabilité. En 1917-1918, Kokand devient brièvement le siège d’un gouvernement autonome connu sous le nom de “République autonome du Turkestan” ou “République de Kokand”. Mais cette expérience est de courte durée. En 1918, les bolcheviks, avec le soutien de l’Armée rouge, écrasent le mouvement et reprennent le contrôle de la ville.
Sous l’Union soviétique, Kokand est intégrée à la République socialiste soviétique d’Ouzbékistan. La ville se transforme : les autorités développent l’industrie textile, notamment autour du coton, et modernisent les infrastructures.
Toutefois, la politique soviétique affecte aussi les traditions. De nombreuses madrasas ferment, et l’influence religieuse et artisanale décline sous la pression de l’idéologie communiste.
Malgré cela, Kokand conserve un rôle culturel et économique important au sein de la vallée de Ferghana. Ses monuments historiques, en partie restaurés, rappellent son passé prestigieux.
De 1991 à aujourd’hui
Kokand depuis l’indépendance
Depuis l’indépendance de l’Ouzbékistan en 1991, Kokand connaît un renouveau progressif. La ville valorise son patrimoine architectural et artisanal. Chaque année des visiteurs viennent découvrir ses palais, ses mosquées et l’héritage du khanat.
L’artisanat, en particulier le travail du bois sculpté et de la céramique, retrouve ses lettres de noblesse. Les sites historiques comme le palais de Khudoyar Khan deviennent des symboles du riche passé de la vallée de Ferghana.
Monuments de Kokand
Reflet du prestige passé du khanat, Kokand conserve un patrimoine architectural remarquable. Les palais fastueux se mêlent aux mosquées élégantes et madrasas discrètes. Chaque monument témoigne de l’âge d’or de la ville et du raffinement artistique propre à la vallée de Ferghana.
1799
Madrasa Narbutabiy
Édifiée à la toute fin du XVIIIe siècle, la madrasa Narbutabiy est l’un des monuments les plus anciens de Kokand. Elle témoigne du renouveau architectural qui accompagne l’essor du khanat.
Derrière ses murs sobres en briques cuites, l’édifice abrite une vaste cour intérieure bordée de cellules d’étudiants (hujras) et d’une salle de prière. Bien que modeste comparée aux grandes madrasas de Samarcande ou Boukhara, elle révèle la tradition éducative et spirituelle qui s’enracine à Kokand dès la fin du XVIIIe siècle.
1809
Mosquée Djami
Véritable joyau du centre historique, la mosquée Djami se distingue par sa longue galerie couverte, soutenue par près de 100 colonnes en bois sculpté.
Ces colonnes, finement travaillées et polychromes, sont typiques du savoir-faire artisanal de la vallée de Ferghana. À l’origine, cette mosquée pouvait accueillir des centaines de fidèles et se dressait au cœur du tissu urbain de l’ancienne capitale.
Son élégant minaret en briques, haut de 22 mètres, offre encore aujourd’hui une vue sur les toits de Kokand et les montagnes en arrière-plan.
1863 à 1874
Palais du khan Khudoyar
Symbole de la grandeur du khanat à son apogée, le palais de Khudoyar Khan est l’un des édifices palatiaux les plus imposants d’Asie Centrale. Construit en moins de dix ans sous le règne du dernier khan, il reflète les ambitions politiques et l’esthétique raffinée de Kokand. À son époque, le palais comprenait 119 pièces et 7 cours, réparties sur plusieurs hectares.
La façade principale, recouverte de faïences bleu-vert, affiche des motifs floraux, géométriques et épigraphiques caractéristiques de l’art islamique de la région. À l’intérieur, les cours s’organisent autour de portiques ornés de céramiques colorées et de plafonds en bois peint.
Si le palais fut partiellement détruit après l’annexion russe, plusieurs sections, restaurées, permettent d’imaginer le faste de l’ancienne cour. Aujourd’hui, il abrite le musée d’histoire de Kokand, retraçant l’histoire du khanat, les traditions de la vallée et les luttes face à l’expansion impériale.
Richtan
Richtan, la capitale des céramiques
Au cœur de la vallée de Ferghana, nichée entre les collines et les vergers, Richtan (ou Rishtan) dévoile un visage plus discret que Kokand. Ici, ce n’est pas la grandeur des palais ni les exploits des khans qui marquent la mémoire, mais la finesse d’un savoir-faire ancestral : l’art de la céramique.
Depuis des siècles, Richtan est réputée dans tout l’Orient pour ses poteries aux émaux profonds et aux teintes éclatantes. L’azur, le vert turquoise et les motifs floraux, qui ornent jarres, assiettes ou faïences murales, sont devenus l’emblème de la vallée. Plus qu’une tradition artisanale, la céramique de Richtan est une fierté identitaire, transmise de génération en génération.
Histoire de Richtan
Les origines de Richtan remontent à l’Antiquité, même si la ville elle-même est mentionnée plus tardivement dans les chroniques. Située sur les itinéraires secondaires de la Route de la Soie, elle tire parti de sa position entre les montagnes et les plaines fertiles de la vallée.
Les terres argileuses riches en minéraux, les ressources en eau et le climat tempéré ont naturellement favorisé le développement de la poterie dès les premiers siècles de notre ère.
Dès le Moyen Âge
Apogée artisanale
Dès le Moyen Âge, Richtan s’impose comme l’un des plus grands centres céramiques d’Asie Centrale. Ses ateliers produisent des objets utilitaires, mais surtout des pièces d’ornementation très recherchées sur les marchés de Boukhara, Samarcande et jusqu’en Perse.

Faïences anciennes de Richtan. Musée des Arts Appliqués. Photo 2008
Sous le khanat de Kokand (XVIIIe – XIXe siècles), Richtan connaît un nouvel âge d’or. La demande pour des carreaux émaillés destinés aux palais, aux mosquées et aux madrasas stimule la production locale. L’artisanat s’enrichit de nouvelles techniques, notamment l’usage du fameux “émail bleu turquoise” à base de minéraux locaux, qui devient la signature de Richtan.
Même après l’arrivée des Russes, la tradition se maintient, portée par des familles d’artisans dont les noms sont encore célèbres.
Aujourd’hui, Richtan reste le centre névralgique de la céramique ouzbèke. Ses ateliers, ouverts aux visiteurs, perpétuent l’héritage séculaire en alliant techniques traditionnelles et inspirations contemporaines.
Monuments et patrimoine artisanal de Richtan
Richtan ne possède pas de palais grandioses ni de madrasas monumentales comme Kokand ou Samarcande. Son véritable trésor se cache dans les ateliers, les fours anciens et les musées consacrés à la céramique.
Du Moyen Âge à nos jours
Les ateliers de maîtres potiers
Les ateliers d’artisans, souvent transmis de père en fils, forment l’âme de Richtan. On y découvre le processus complet de fabrication. Les explications sont donnés par les Maîtres-artisans depuis l’extraction de l’argile locale, le façonnage des pièces, la décoration à la main et l’émaillage, avant la cuisson dans les fours traditionnels.
Parmi les plus renommés, l’atelier de Rustam Usmanov est devenu une référence incontournable. Héritier d’une lignée de céramistes, il perpétue les motifs anciens tout en innovant dans les formes et les teintes. D’autres ateliers, plus modestes, jalonnent la ville et accueillent les curieux venus admirer ce savoir-faire unique.
Patrimoine de Richtan : la poterie.

Le céramiste de Richtan. Photo 2016
Les céramiques de Richtan, éclats de bleu et héritage des siècles
Nichée entre les montagnes et les vergers, la petite ville de Richtan perpétue un art ancestral dont la renommée dépasse largement les frontières de l’Ouzbékistan : la fabrication de céramiques aux émaux profonds et aux couleurs éclatantes.
Depuis plus de 800 ans, les potiers de Richtan transforment l’argile locale en jarres, assiettes, plats et carreaux, sublimés par des décors d’une finesse remarquable. Cette tradition, solidement ancrée, fait de Richtan l’un des centres céramiques les plus prestigieux d’Asie Centrale.
Un savoir-faire fondé sur les ressources locales
L’art de la céramique à Richtan doit sa longévité à la richesse du terroir. Les collines environnantes regorgent d’une argile rouge ou ocre de grande qualité, idéale pour la poterie. Les artisans utilisent également des minéraux et des plantes locales pour obtenir les fameux émaux bleus et verts, caractéristiques de la production de Richtan.
La technique traditionnelle repose sur la glaçure ishkor, un émail obtenu à partir de cendres végétales et de minéraux naturels. Cette méthode, maîtrisée depuis des siècles, donne aux céramiques leur aspect brillant et leurs couleurs intenses, notamment le bleu cobalt et le vert turquoise, devenus l’emblème de Richtan.
Motifs et symboles
Les décors des céramiques de Richtan s’inspirent à la fois des traditions locales et des influences orientales héritées de la Route de la Soie. On y retrouve :
- Des motifs floraux stylisés, rappelant les jardins et vergers de la vallée
- Des formes géométriques et spirales, symboles d’éternité et d’harmonie
- Des arabesques fines, écho à l’art islamique classique
- Le bleu profond, associé à la pureté et à l’infini du ciel

Décors ancestraux des faïences de Richtan. Photo 2016
Chaque pièce, unique, est peinte à la main, puis cuite dans des fours traditionnels, selon un procédé qui n’a pratiquement pas changé depuis le Moyen Âge.
Une tradition vivante et reconnue
Malgré les bouleversements politiques et sociaux, les dynasties d’artisans de Richtan ont su préserver leur savoir-faire. Depuis le XIXe siècle, des familles comme les Usmanov, Nazirov, Kamilov ou Yusupov transmettent leur art de père en fils.
Aujourd’hui, Richtan est fière de ses ateliers et du Centre International de la Céramique, qui valorise l’art local et attire collectionneurs et passionnés du monde entier.
Les céramiques alliant tradition et créativité, continuent d’orner les maisons, les monuments et les expositions, rappelant l’excellence artisanale de la vallée de Ferghana.
Marguilan
Marguilan, berceau de la soie
À l’est de la vallée de Ferghana, blottie au pied des contreforts montagneux, Marguilan incarne l’une des plus anciennes et des plus célèbres cités de la région. Ici, depuis des siècles, la soie tisse des liens entre les peuples, les cultures et les continents.
Cité discrète mais influente, Marguilan doit sa réputation à son savoir-faire exceptionnel dans l’artisanat textile. Encore aujourd’hui, les ateliers bruissent du travail des tisserands. Ils perpétuent une tradition millénaire qui fit autrefois la richesse des caravanes et le prestige de la Route de la Soie.
Histoire de Marguilan
Les origines antiques et la Route de la Soie
Selon la légende locale, Marguilan aurait été fondée par Alexandre le Grand. Il aurait nommé la cité après y avoir goûté un plat de poulet et de pain (“Murgh” et “Nan” en persan). Si l’anecdote relève davantage du mythe, il est certain que la ville existait déjà dans l’Antiquité, comme halte importante sur la Route de la Soie. La soie serait apparue environ 2000 ans avant notre ère dans la vallée de Ferghana. On suppose qu’elle aurait été apportée par les caravanes venant de Chine. Cependant, il faudra attendre le premier millénaire avant J.-C. pour que le précieux fil soit teint et tissé sur place.
Située à l’écart des grands centres politiques mais au carrefour des routes caravanières, Marguilan prospère grâce au commerce et à l’artisanat, notamment la production de soie.
Le Moyen Âge – époque du khanat de Kokand
Apogée artisanale
Dès le Moyen Âge, Marguilan devient célèbre pour ses étoffes de soie, prisées jusqu’en Chine, en Perse et au Moyen-Orient. Au XVIIIe et XIXe siècles, sous le khanat de Kokand, la ville connaît un véritable essor. Les khans favorisent la production locale, tandis que les caravanes continuent de traverser la vallée.
Les ateliers se multiplient, perpétuant des techniques de tissage, de teinture et de broderie transmises depuis des générations.
Les périodes russe et soviétique
Sous l’Union soviétique, la production de soie se modernise. Des usines voient le jour, mais les ateliers artisanaux survivent, préservant des méthodes traditionnelles devenues rares ailleurs.
Monuments et patrimoine de Marguilan
XIXe siècle
Madrasa Said Ahmad-Khoja
Construite vers la fin du XIXe siècle, la madrasa Said Ahmad Khoja est l’un des plus récents monuments historiques de Marguilan (env. 200 ans). C’est aussi l’un des mieux préservés.
La mosquée et l’aïwan 1 bénéficient d’un plafond à caissons en bois, peint de larges bandes rouges et vertes, agrémentées de motifs floraux et de volutes. L’ajout de cette charpente en bois permet de dégager un plafond continu sans piliers, offrant une impression d’espace élargi.
Les murs intérieurs sont rythmés par un ornement géométrique en ganch 2, essentiellement dans les panneaux muraux entourant la niche du mihrab 3.
La cour intérieure est bordée d’arcs en ogive et agrémentée d’un canal d’irrigation traversant. Ce canal, combiné aux grands sycomores, offre ombre et fraîcheur, particulièrement appréciables en été.
Les 26 cellules originelles, anciennes chambres d’étudiants, sont désormais transformées en ateliers d’artisans. Vous y trouverez tissage de la soie, broderie dorée, sculpture du bois et embossage 4.
1 Aïwan : terrasse protégée du soleil par une toiture soutenue par de hautes colonnes.
2 Gantch : mélange de gypse et de l’argile, largement utilisée en Asie Centrale, essentiellement utilisé pour la création de décors en relief.
3 Mihrab : niche pratiquée dans un des murs d’une mosquée pour indiquer la direction de La Mecque et dans laquelle l’imam dit la prière.
4 Embossage : technique de travail du papier afin de lui donner du relief.
XXe et XXIe siècles
Ateliers de soieries et fabrique Yodgorlik
Véritable institution, la fabrique Yodgorlik perpétue les techniques ancestrales de tissage de la soie, du filage au tissage en passant par la teinture naturelle. On y découvre la fabrication du célèbre tissu “atlas”, aux motifs chatoyants typiques d’Ouzbékistan.
Patrimoine de Marguila : la soie.
Les soies de Marguilan, entre tradition et éclats de couleurs
Depuis des siècles, Marguilan est considérée comme le berceau de la soie en Asie Centrale. C’est ici, dans les ateliers de la vallée de Ferghana, que naissent certains des tissus les plus raffinés et les plus emblématiques de l’art ouzbek.
La production de soie à Marguilan ne se limite pas à un seul tissu. Elle est le fruit d’un savoir-faire diversifié, transmis de génération en génération, où chaque étoffe raconte une histoire et incarne un symbole.
Les grands types de tissus de Marguilan
Atlas
L’Atlas, littéralement “soie royale”, est le tissu le plus prestigieux fabriqué à Marguilan. Composé de pure soie, il se distingue par ses couleurs éclatantes, son toucher lisse et sa brillance satinée. Ses motifs, souvent géométriques ou floraux stylisés, sont obtenus grâce à la technique complexe de l’Ikat. Les fils sont teints avant le tissage, créant ainsi des dessins aux contours flous caractéristiques. Traditionnellement réservé aux vêtements de cérémonie ou aux tenues des notables, l’Atlas reste un symbole de raffinement et de prestige.
Khan-Atlas
Plus léger et plus accessible, le Khan-Atlas est un tissu mélangé, composé de soie et de coton. Le nom évoque la noblesse (“Khan”), car il conserve l’élégance et les motifs vibrants de l’Atlas, tout en étant plus souple et plus adapté à un usage quotidien. Très prisé en Ouzbékistan, le Khan-Atlas habille encore aujourd’hui robes, chemises, foulards et décorations d’intérieur.
Adras
L’Adras, souvent surnommé “le tissu des artisans”, est fabriqué à partir d’un mélange de soie et de coton, parfois agrémenté d’autres fibres naturelles. Il se reconnaît par ses motifs Ikat audacieux, ses lignes vives et ses teintes naturelles, obtenues à partir de pigments végétaux. L’Adras est particulièrement apprécié pour sa légèreté, sa résistance et la subtilité de ses motifs irréguliers, qui rendent chaque pièce unique.
Un art vivant et en perpétuelle réinvention
À Marguilan, les techniques ancestrales de tissage et de teinture sont encore visibles dans des ateliers comme la célèbre fabrique Yodgorlik. Les visiteurs découvrent chaque étape du processus : élevage des vers à soie, filature, teinture manuelle et tissage sur des métiers traditionnels.
Si les artisans perpétuent les motifs anciens inspirés des symboles orientaux (fleurs stylisées, losanges, ondulations), ils créent aussi des motifs contemporains, répondant aux goûts des designers modernes. Ainsi, les soies de Marguilan habillent aujourd’hui les collections de créateurs ouzbeks et séduisent des stylistes internationaux.
Chaque tissu de Marguilan est plus qu’une étoffe. C’est le reflet d’une tradition raffinée, d’une identité culturelle et d’une passion pour la beauté textile. Ces étoffes symbolisent la transmission d’un savoir depuis les caravanes de la Route de la Soie jusqu’aux podiums d’aujourd’hui.
Ferghana
La ville de Ferghana, héritage russe au cœur de la vallée
Capitale administrative de la vallée du même nom, elle est aujourd’hui une ville moderne et verdoyante, connue pour ses parcs, ses avenues bordées d’arbres et son architecture soviétique. Pourtant, elle est aussi un carrefour historique, situé au cœur de l’une des vallées les plus anciennes et les plus fertiles d’Asie centrale.
Contrairement à Marguilan ou Kokand, Ferghana est une ville relativement récente, fondée officiellement à la fin du XIXe siècle. Son urbanisme régulier, ses bâtiments administratifs et son rôle dans l’industrialisation de la région en font un témoignage de l’extension impériale russe, puis de l’urbanisation soviétique.
Histoire de la ville de Ferghana
L’Antiquité — La vallée avant la ville
La région de Ferghana est habitée depuis l’Antiquité. Dès le IIe siècle av. J.-C., des sources chinoises mentionnent le royaume de Dayuan. Elle est alors célèbre pour ses chevaux « célestes » de la vallée de Ferghana, très convoités par la Chine des Han. Ces chevaux sont associés aux débuts de la Route de la Soie.
Toutefois, la ville actuelle de Ferghana n’existe pas encore ; les centres urbains anciens étaient situés à Marguilan, Rishtan ou Kokand.
L’Empire russe — Fondation de Ferghana (1876–1907)
Fondation sous le nom de Novy Margelan

New-Margilan. Carte postale 1902
En 1876, après la chute du khanat de Kokand, les autorités russes décident de créer une ville administrative moderne à proximité de Marguilan. Elle est baptisée “Novy Margelan” (Nouvelle Marguilan). La cité est dessinée selon un plan en damier, typique des villes militaires et coloniales russes, avec larges avenues, parcs et bâtiments publics. Elle devient rapidement un centre stratégique pour contrôler la vallée de Ferghana.
En 1907, la ville est rebaptisée Ferghana, en référence à la vallée environnante. Elle ville devient rapidement un centre administratif, militaire et industriel, tout en conservant un rôle de carrefour commercial régional.
De la période soviétique (1917–1991) à nos jours
Ferghana connaît une industrialisation rapide, notamment dans les domaines du textile, de la mécanique et du pétrole (raffinerie créée en 1908, modernisée à l’époque soviétique).
Dans les années 1930–1950, de nombreux bâtiments publics, parcs, écoles et infrastructures sont construits dans un style soviétique néoclassique. La ville s’urbanise avec de vastes espaces verts, des avenues larges et des immeubles collectifs.
Aujourd’hui, Ferghana est une ville de plus de 3000 000 habitants (estimation 2024), réputée pour son calme, sa propreté et son rôle de pôle économique et culturel de la vallée. Bien que moins touristique que Kokand ou Marguilan, elle conserve des témoignages historiques et architecturaux intéressants.
Monuments de la ville de Ferghana
Ferghana ne possède pas le patrimoine ancien des cités voisines, mais plusieurs édifices rappellent son passé colonial et son rôle régional.
Dernier quart du XIXe siècle
Le Palais du Gouverneur militaire — Souvenirs de l’Empire
À l’aube du dernier quart du XIXe siècle, alors que les armées russes viennent à peine d’annexer la fertile vallée de Ferghana, les premiers bâtiments administratifs s’élèvent au cœur de cette terre nouvellement conquise. Le plus emblématique d’entre eux est le Palais du Gouverneur militaire, construit dès 1877, véritable symbole de l’ordre impérial au cœur de l’Asie centrale.
La silhouette sévère du palais contraste avec la douceur des collines environnantes. Sa façade de brique rouge, sobrement ornée de corniches et de moulures classiques, reflète une certaine austérité. Derrière ces murs résonne encore l’écho d’une époque révolue. Les officiers russes y supervisaient autrefois l’administration d’une région carrefour entre l’Orient et l’Occident.
Le bâtiment a conservé toute sa prestance. En franchissant son seuil, on découvre de hauts plafonds et de vastes salles aux planchers grinçants. Les escaliers en bois massif semblent encore garder le souvenir des pas des anciens gouverneurs.
Fin XIXe et XXe siècles
Statue d’Al-Ferghani et jardin commémoratif
Au cœur du parc central de Ferghana, non loin des bâtiments hérités de l’époque russe, se dresse la statue d’Ahmad al-Ferghani. Elle honore le célèbre astronome et mathématicien du IXe siècle, originaire de la vallée de Ferghana.
Al-Ferghani joua un rôle majeur dans la transmission des savoirs antiques au monde arabo-musulman, notamment en astronomie. Ses travaux sur le mouvement des astres, le diamètre de la Terre et l’astronomie sphérique ont influencé l’Europe médiévale jusqu’à la Renaissance.
La statue, érigée dans un jardin soigneusement aménagé, rappelle l’apport intellectuel de l’Asie Centrale à l’histoire des sciences.
XXe siècle – L’ère soviétique
Le Théâtre dramatique et musical — Quand Ferghana prend la parole
Dans un imposant bâtiment aux colonnades blanches, typiques de l’architecture stalinienne, s’élève le Théâtre dramatique et musical de FerghanaIl est le centre névralgique de la culture locale depuis plusieurs décennies.
Derrière ses hautes portes, la scène a vu défiler les pièces classiques russes, les tragédies ouzbèkes, les comédies contemporaines et les concerts de musique traditionnelle. Les chants ouzbeks, les sons du dutar 1 et du rubab 2, les récits de légendes ancestrales résonnent encore dans les murs tapissés de velours rouge.
Lieu de rencontres et d’émotions, ce théâtre est le cœur battant de la scène artistique de Ferghana, où les traditions se mêlent à la création moderne.
1 Dutar (ou dotar, doutar, dotara) : luth traditionnel iranien à deux cordes et à long manche que l’on trouve en Iran et en Asie centrale.
2 Rubab (ou rabab) : de la famille de la vièle, instrument à cordes fabriqué à partir de bois de mûrier séché collecté dans les déserts.
Transports
La ville de Ferghana possède un aéroport qui reçoit les vols internationaux et domestiques.
En ville, les meilleures façons de circuler sont les taxis et les bus. Très économiques ils vous emmènent très rapidement partout dans la ville et les faubourgs.
Transports ferroviaires : les villes de Kokand et Marguilan sont desservies au départ et retour à Tashkent par des trains Charq (trains lents).
Spectacles et vie nocturne
Attractions :
- Le Théâtre Khamza de la musique dramatique ouzbèke, Kokand
- Dramaticheskiy Teatr (Théâtre d’art dramatique), Mustakiliq ko’chasi, 36, Ferghana
Festivals dans toutes les villes de la vallée
- Fête nationale de Navrouz, du 19 au 22 mars (fête du Printemps et nouvel an dans les croyances zoroastriennes)
- Jour de l’Indépendance, le 1er septembre
Bars, café :
- Coffee Mood, Ulitsa Turon,14B, Kokand
- Brown Sugar Coffee House, Farobi ko’chasi 4, Fergana
Restaurants :
- Kinza Restaurant, Kokand
- Restaurant Kandak Choykhona, Richtan
- Restaurant Anor, Mustaqillik ko’chasi, Marguilan
- Ferghana Green Club, M. Kosymoa ko’chasi, 29A, Ferghana
- Traktir Ostrov Sokrovish, Marifat ko’chasi, 45, Fergana




















































