La Tour Choukhov de Boukhara : du château d’eau soviétique au symbole du tourisme moderne.
Une architecture héritée de l’ingénierie soviétique.
Érigée en 1929 par l’ingénieur russe Vladimir Choukhov, la Tour de Boukhara est un chef-d’œuvre d’architecture hyperboloïde en acier. Conçue à l’origine comme un château d’eau, elle devait répondre à la crise d’approvisionnement survenue après la destruction des canaux par les Bolcheviks en 1920.
Haute de 50 mètres, sa structure aérienne, inspirée des principes de la Tour Eiffel, illustre le génie technique soviétique et marque l’entrée de Boukhara dans l’ère de la modernité industrielle.

Tour Shukhov construite sous la domination soviétique en 1927. Photo 1935
De l’incendie à l’abandon
En 1968, un incendie met fin à sa fonction initiale. Dès lors, la tour est abandonnée.
Dans les années 1990, une tentative de reconversion échoue, laissant l’édifice à l’abandon pendant plusieurs décennies. Malgré tout, la valeur patrimoniale de la tour reste indéniable et son image continue de hanter la mémoire urbaine de Boukhara.
La renaissance grâce à des investisseurs étrangers et locaux.
Il faut attendre 2018 pour que le monument renaisse. Cette année-là, l’agence franco-ouzbèke Authentic Travel, fondée par Soukhrob Bobokalonov, Catherine et Teunis Uiterdijk, relance le projet. Grâce à leur investissement personnel, la tour est restaurée et transformée en haut lieu touristique. L’implication de l’Agence Authentic Travel dans le tourisme local est très importante pour le couple de français.
Le site comprend désormais un restaurant, un bar, un centre d’information touristique, ainsi qu’un ascenseur panoramique extérieur menant à une terrasse offrant une vue spectaculaire sur Boukhara et ses monuments historiques.
Un projet emblématique de coopération internationale.
Pour les Uiterdijk, cette aventure représente une expérience humaine et intellectuelle exceptionnelle. Leur associé Soukhrob Bobokalonov, guide passionné, fondateur d’Authentic Travel, devenu depuis directeur régional du tourisme, a joué un rôle clé dans la réussite du projet.
Ensemble, ils ont démontré que coopération internationale et valorisation du patrimoine pouvaient aller de pair pour renforcer l’attractivité de Boukhara.

La Tour Shukhov, monument national de la ville de Boukhara. Photo 2020
Une politique favorable aux investissements.
La restauration de la Tour Choukhov s’inscrit pleinement dans les réformes menées par le président Chavkat Mirzioïev. En 2018, un décret présidentiel facilite l’accès des investisseurs étrangers au patrimoine culturel.
Selon un acteur local, « grâce à ces projets, le monde peut s’intéresser à nous ». Cette ouverture témoigne de la volonté gouvernementale de faire du tourisme un levier de développement durable et d’image internationale.
Un intérêt diplomatique et économique.
Le projet a attiré l’attention des autorités ouzbèkes et de l’ambassade de France. Il illustre le potentiel économique et diplomatique de la restauration du patrimoine en Ouzbékistan.
Comme le souligne Catherine Uiterdijk, de nombreux sites historiques restent à réhabiliter. Si la fréquentation touristique continue de croître, ces initiatives pourraient ouvrir la voie à de nouvelles coopérations franco-ouzbèkes.
Un défi : le tourisme face à la Covid-19.
La pandémie de 2020 a mis à rude épreuve le projet. Malgré la fermeture des frontières, les investisseurs ont maintenu les salaires de leurs employés, témoignant d’un véritable engagement humain.
Depuis la reprise, Boukhara attire non seulement les voyageurs occidentaux, mais aussi un nombre croissant de visiteurs venus d’Asie centrale, d’anciennes républiques soviétiques et d’Extrême-Orient.
Ainsi, la Tour Choukhov, autrefois symbole industriel, est devenue un symbole du tourisme moderne et du renouveau culturel de Boukhara.