NUKUS

La capitale de la République autonome des Karakalpaks existe officiellement depuis 1925. Pourtant, l’histoire de Nukus remonte au IVe siècle avant notre ère. À cette époque, la région était peuplée de bergers et de pêcheurs nomades, dont le mode de vie restait proche de celui des Kazakhs.

La mer d’Aral, ancienne source de prospérité

Autrefois, l’économie locale reposait principalement sur la pêche en mer d’Aral. Cependant, à partir des années 1960, la réforme agraire soviétique fit du coton une priorité nationale.

Une crise écologique majeure

Dès lors, l’irrigation intensive détourna les fleuves qui alimentaient la mer. Peu à peu, celle-ci s’assécha. Par ailleurs, les vents dispersèrent le sel sur les terres agricoles, provoquant leur stérilisation.

Vers le renouveau économique

Depuis les années 2000, la région connaît un nouveau tournant. En effet, Nukus administre désormais un territoire riche en gaz naturel. Cette évolution ouvre des perspectives économiques plus durables.

L’architecture de la ville demeure typiquement soviétique. Elle se distingue par ses blocs massifs, ses lignes austères et ses larges avenues.

Ses attraits culturels

Pourtant, au cœur de ce paysage minéral, une richesse inattendue attire les voyageurs : le musée Igor Savitsky. Celui-ci est célèbre pour son exceptionnelle collection d’art avant-gardiste soviétique, longtemps interdite ailleurs dans le pays.

Enfin, la population locale, réputée pour son hospitalité souriante et généreuse, apporte une chaleur humaine qui contraste avec la rigueur apparente des immeubles.

Vous visiterez ce site si vous choisissez le circuit : Chemin initiatique , ou l’extension : La Mer Fantôme

Histoire

Des rives de l’Amou-Daria à la capitale du Karakalpakstan.

Surgie du désert comme un mirage moderne, Nukus, aussi appelée Noukous, se dresse au cœur de la steppe aride du Karakalpakstan, dans le nord-ouest de l’Ouzbékistan. Pourtant, derrière cette apparence récente, la ville cache une histoire ancienne et souvent méconnue.

Au fil des siècles, Nukus s’est développée en lien étroit avec l’Amou-Daria. En effet, ce grand fleuve irrigua jadis des civilisations aujourd’hui disparues.

L’Antiquité

Un fleuve mythique au cœur des civilisations anciennes

L’actuelle région de Nukus, aussi appelée Noukous, s’inscrit dans un espace historiquement stratégique : le delta de l’Amou-Daria. Ce fleuve mythique était autrefois connu sous le nom d’Oxus.

Prenant sa source dans les montagnes du Pamir 1, il fertilise l’oasis du Khorezm, considérée comme l’un des plus anciens foyers de civilisation d’Asie centrale.

Dynastie Parthebas relief daté de 171-138 av .J.-C.

Des sociétés agricoles dès le IIe millénaire av. J.-C.

Dès le IIe millénaire avant notre ère, des communautés s’installèrent dans la région. Grâce à des systèmes d’irrigation perfectionnés, elles développèrent une agriculture prospère.

Ainsi, elles posèrent les fondements d’une organisation sociale structurée, avec temples, entrepôts et résidences palatiales.

Le Khorezm, province de l’Empire achéménide

Au VIe siècle av. J.-C., le Khorezm devient une satrapie 2 de l’Empire perse achéménide 3.

La région entre ensuite en contact avec la culture hellénistique, à la suite des conquêtes d’Alexandre le Grand au IVe siècle av. J.-C. Toutefois, elle conserve son identité propre et intègre ces influences sans renier ses traditions.

Entre Parthes et cultures locales

Entre le IIIe siècle av. J.-C. et le IIIe siècle ap. J.-C., les Parthes 4 multiplient les incursions dans la région.

Par ailleurs, certaines tribus nomades s’y établissent durablement. Elles contribuent ainsi à la diversité culturelle du Khorezm antique.

Des citadelles du désert, témoins de la splendeur passée

De nos jours, des sites tels que Toprak-Kala, Kyzyl-Kala ou Ayaz-Kala, situés à une centaine de kilomètres de Nukus, témoignent de cette richesse oubliée.

Construits en brique crue, ces forteresses et palais révèlent une civilisation raffinée, organisée autour de l’irrigation, du commerce et de pratiques religieuses anciennes.

Une région déjà intégrée à un vaste réseau

Même si Nukus n’existait pas encore, son territoire appartenait déjà à un vaste système économique, politique et spirituel.

Dès l’Antiquité, cette région désertique jouait un rôle de carrefour entre l’Iran, l’Inde et les steppes du Nord.

Dynastie Achéménide-Darius Ier le Grand

Du IIIe au XVIIe siècles

De l’antiquité tardive à l’époque médiévale : mutations hydrauliques et tribus nomades.

Les forteresses des Kushano-Sassanides : entre guerre et commerce

Durant l’époque de l’Empire Kushano-Sassanides 1 (env. 230 à 360 apr. J.-C.), les citadelles en brique crue, appelées kalas, continuent d’être utilisées. Certaines sont renforcées, tandis que d’autres sont nouvellement érigées.

Cette période instable oppose les Sassanides, les héritiers affaiblis des Kouchans, des tribus nomades comme les Huns ainsi que plusieurs pouvoirs locaux.

Des protections face aux conflits

Ces fortifications protègent alors les villes, les routes commerciales et les frontières régionales. Des sites comme Toprak Kala, Ayaz Kala ou Kyzyl Kala, situés dans l’actuel Karakalpakstan, sont probablement réutilisés à cette époque. Ils illustrent ainsi l’adaptation constante du territoire face aux tensions régionales.

Les kalas, maillons d’un réseau transfrontalier

Les kalas jouent un rôle essentiel dans la sécurisation des échanges entre les grandes entités politiques de la région : la Bactriane, le Khwarezm et l’Empire sassanide.

Même si plusieurs forteresses datent d’époques plus anciennes, notamment parthes ou Kangju, beaucoup sont réaménagées sous les Kushano-Sassanides. Ce besoin de consolidation reflète à la fois les rivalités régionales et l’importance stratégique du delta de l’Amou-Daria dans le commerce de l’Asie intérieure.

Renaissance islamique et rayonnement scientifique

Du VIIe au XIIe siècle, le Khorezm connaît un véritable âge d’or sous l’influence de l’islam, notamment avec les dynasties des Afrighides 2 et des Khwarezmiens 3. La région devient alors un centre intellectuel de premier plan. L’art, les sciences et l’architecture y prospèrent. C’est dans ce contexte qu’émerge Al-Biruni 4, l’un des plus grands savants de son temps, originaire de la région.

Astronome, mathématicien et philosophe, il incarne à lui seul la richesse intellectuelle du Khorezm médiéval.

Al-Biruni-astronome et mathématicien, reproduction en gouache d’un schéma original-Museum of Iran Parliament, Téhéran


Conquêtes et transformations environnementales

Les conquêtes successives — arabes, seldjoukides 5, puis mongoles au XIIIe siècle — bouleversent profondément l’équilibre politique et territorial de la région.

Par ailleurs, le fleuve Amou-Daria, au débit capricieux, modifie régulièrement son cours. Il transforme ainsi les zones habitées, les terres agricoles et les routes commerciales.

Une terre d’accueil pour les nomades turciques

Dès le XVe siècle, les steppes désertiques et marécageuses autour de Nukus deviennent le refuge de nombreuses tribus nomades. Parmi elles, les Karakalpaks, peuple turcique originaire des rives de la mer d’Aral, migrent vers le sud au XVIIe siècle. Ils fuient alors les pressions exercées par les Kazakhs 6 et les Kalmouks 7.

Bien que le Karakalpakstan ne constitue pas encore une entité politique, ces tribus conservent leur langue et leurs traditions orales. Elles gardent également un costume distinctif.

Leur nom dérive du kalpak, coiffe noire traditionnelle devenue leur principal emblème culturel.

Kushano-Sassanides (env. 230 – 360 apr. J.-C.) : période de transition et de rivalités en Asie centrale, marquée par l’affaiblissement de l’Empire kouchan et l’expansion des Sassanides, les successeurs des Parthes.

2 Afrighides : dynastie iranienne de l’ancien royaume de Khwarezm, dans le delta de l’Amou-Daria, du IIIe au Xe siècle. Leur capitale Kath (35 km au nord-est de Noukous – ville actuelle Birunyi) a joué un rôle clé dans la préservation des traditions zoroastriennes jusqu’à l’islamisation de la région.

3 Khorezm : appelé aussi Khwarezm, Kharezm, Kharism ou Khwarizm, région située au sud de la mer d’Aral, le désert du Kyzyl-Qum et au nord du désert Kara-Qum.

4 Al-Biruni : savant encyclopédiste mathématicien, physicien, astronome, historien… né près de Nukus (973-1048).

5 Seldjoukides : dynastie turco-musulmane issue des steppes d’Asie centrale, dans l’actuel Ouzbékistan. Au XIe siècle, ils fondèrent un vaste empire s’étendant de la Transoxiane à l’Anatolie, marquant l’islamisation durable du monde turcique.

6 Kazakhes : peuples nomades turcs d’Asie centrale occupant une large partie des steppes entre le Kazakhstan actuel et le nord de l’Ouzbékistan. Pratiquent un mode de vie pastoral en jouant un rôle important dans les échanges et conflits des steppes.

7 Kalmouks : peuple mongol bouddhiste venu des steppes de l’Altaï au XVIIe siècle, et impliqué en Ouzbékistan dans des affrontements avec les Kazakhs et les populations locales.

Du XIXe à la veille de l’Indépendance

L’intégration à l’Empire russe

Au XIXe siècle, la région de l’actuel Karakalpakstan passe sous l’influence de l’Empire russe, dans le cadre de la conquête de l’Asie centrale. Après l’annexion du khanat de Khiva en 1873, le territoire karakalpak est rattaché à la région d’Amou-Daria, subdivision de l’oblast 1 du Turkestan russe.

À cette époque, Nukus n’est encore qu’une modeste bourgade rurale. Nichée au cœur d’une steppe semi-désertique, elle vit de la pêche, de l’élevage et de la culture du riz. Les conditions de vie y restent difficiles : inondations, moustiques et isolement.

La fondation soviétique : créer une capitale

Le véritable tournant survient en 1932, lorsque Nukus devient la capitale de la République socialiste soviétique autonome du Karakalpakstan. D’abord rattachée à la RSS kazakhe, la ville est intégrée à l’Ouzbékistan en 1936.

Pour Moscou, il s’agit alors d’affirmer un pouvoir centralisé dans cette région périphérique. La bourgade est transformée en ville nouvelle. De grandes avenues sont tracées. Des bâtiments publics, des logements collectivistes, un théâtre, une bibliothèque et plusieurs institutions culturelles voient le jour.

L’urbanisme moderniste tranche nettement avec l’environnement aride de la steppe.

Igor Savitsky : le musée clandestin

Dans les années 1950, un artiste et archéologue russe, Igor Savitsky 2, arrive à Nukus. Venu pour des fouilles au Khorezm, il se passionne rapidement pour la culture karakalpake et choisit de s’y installer.

Parallèlement, Savitsky collectionne l’art d’avant-garde soviétique interdit par le régime stalinien. Profitant de l’isolement de Nukus, il rassemble clandestinement des milliers d’œuvres bannies.

Sous couvert d’un musée d’art karakalpak, il crée ainsi l’un des plus grands refuges d’art censuré de toute l’URSS.

1 Oblast : division administrative utilisée dans plusieurs pays russifiant, équivalente à une province ou une région.

2 Igor Savitsky : né en 1915 à Kiev dans une famille aristocratique, a étudié l’ingénierie avant de se tourner vers les arts et dans les années 1950, participe comme dessinateur à une expédition archéologique soviétique au Karakalpakstan.

Igor Savitsky, peintre et archéologue. Photo années 1950

Un « Louvre du désert »

Depuis la mort de Savitsky, en 1984, le musée de Nukus abrite la deuxième plus grande collection d’avant-garde russe au monde. Ce « Louvre du désert » devient alors une véritable légende dans les milieux artistiques.

Il attire chercheurs, passionnés et visiteurs venus du monde entier. Tous souhaitent découvrir ce miracle culturel né dans l’ombre de la censure.

Une ville scientifique et stratégique

Dans les années 1960 et 1970, Nukus devient également un centre de recherches scientifiques de premier plan. Des instituts d’agronomie et d’études environnementales y sont implantés. Ils sont notamment chargés de suivre l’évolution de la mer d’Aral.

Son assèchement continuel inquiète déjà les spécialistes. Ces établissements posent les bases de ce qui deviendra, quelques décennies plus tard, l’un des plus grands drames écologiques contemporains.

Pourtant, dans l’ombre de cette tragédie, l’identité scientifique et culturelle de Nukus continue de se renforcer.

De 1991 à nos jours

Indépendance et continuité institutionnelle

Avec l’indépendance de l’Ouzbékistan, Nukus devient la capitale constitutionnelle de la République autonome du Karakalpakstan.

Toutefois, malgré ce statut particulier, la ville demeure fortement dépendante de Tachkent sur les plans économique et politique.

Parlement du Karakalpakstan, appelé Jokargi Kenes

Un territoire fragilisé par l’environnement

Les défis y sont nombreux. En effet, la mer d’Aral, jadis proche, s’est presque totalement retirée. De plus, les sols sont salinisés, tandis que les vents toxiques transportent encore des résidus chimiques. L’économie, quant à elle, demeure fragile.

Enfin, la population, estimée à environ 300 000 habitants, connaît un important taux d’émigration vers d’autres régions.

Résilience et renouveau

Pourtant, Nukus ne se résigne pas. Grâce à plusieurs projets internationaux, la ville tente de freiner la dégradation environnementale.

Par ailleurs, le tourisme, encore discret, se développe autour du musée Savitsky, des vestiges antiques et des paysages lunaires laissés par la mer disparue.

Une capitale marginale, mais symbolique

Nukus est une ville singulière. Contrairement à Samarcande ou Boukhara, la cité ne possède pas un passé monumental prestigieux.

Toutefois, elle incarne un autre visage de l’Ouzbékistan : celui des marges, des peuples oubliés et de la survie culturelle face à l’uniformisation.

Une ville unique en Asie centrale

Capitale d’un peuple sans État, ville-musée née du sable et du silence, Nukus mérite que l’on s’y attarde. Elle permet de mieux comprendre la complexité de l’Asie centrale moderne. Entre désertification, mémoire soviétique, art d’avant-garde et traditions nomades, la localité offre un paradoxe vivant.

Elle invite également à regarder au-delà des cartes postales.

Voir à Noukous

À la découverte de Noukous et de ses trésors oubliés

Nichée au cœur du Karakalpakstan, entre désert et delta, la ville de Nukus, aussi appelée Noukous, est bien plus qu’un simple carrefour administratif.

En effet, capitale culturelle d’une région longtemps restée dans l’ombre, elle dissimule de nombreux trésors insoupçonnés. Autour de la ville, les paysages austères de la steppe laissent apparaître les vestiges d’un passé millénaire.

Forteresses de terre battue, nécropoles silencieuses et cités antiques enfouies dans le sable : le Khorezm ancien y a laissé une empreinte durable. Encore aujourd’hui, les musées d’avant-garde de Nukus ainsi que ses monuments historiques racontent une autre histoire de l’Ouzbékistan.

Ils évoquent un territoire discret, façonné par les vents du désert et les civilisations oubliées.

À partir du IIIe siècle av. J.-C.

À partir du IIIe siècle av. J.-C.

La Nécropole de Mizdakhan

À une trentaine de kilomètres de Nukus, la nécropole de Mizdakhan figure parmi les sites les plus chargés d’histoire du Karakalpakstan. Véritable lieu de pèlerinage encore vivant, elle mêle traditions zoroastriennes et culture islamique soufie. Autrefois, ce vaste ensemble constituait une forteresse religieuse préislamique.

À partir du IXe siècle, il devient un cimetière monumental abritant mausolées, tombes de saints et vestiges sacrés. Ainsi, Mizdakhan incarne la continuité spirituelle de la région, du feu zoroastrien aux prières soufies.

Le Gyaur Kala, forteresse zoroastrienne

Signifiant littéralement « forteresse des infidèles » en persan, le Gyaur Kala est l’un des éléments les plus anciens du site. Il daterait du IIIe siècle avant J.-C. et aurait été occupé jusqu’au VIIe siècle de notre ère. L’ancienne citadelle domine la steppe et faisait partie du réseau défensif du Khorezm antique. On y distingue encore les murs en pisé, une ancienne tour du feu ainsi que les fondations de bâtiments religieux ou administratifs.

Ce lieu demeure unique par la superposition de traditions religieuses successives : zoroastrienne 1, islamique, puis soufie 2.

Colline de Mizdakhan

Le mausolée de Shamun Nabi (XIIe siècle)

Selon la tradition locale, Shamun Nabi, parfois appelé Chaman Nabi, aurait été un prophète ou un sage soufi. Son mausolée, modeste en apparence, date du XIIe siècle. Sa particularité réside dans une tombe supposée longue de plus de 20 mètres.

Cette dimension hors norme alimente de nombreuses légendes. Certains y voient la sépulture d’un saint géant, tandis que d’autres y lisent une image symbolique de sa grandeur spirituelle.

Aujourd’hui encore, les pèlerins y formulent des vœux ou accomplissent des rituels de protection.

Le mausolée de Nazlymhan Sulu (XIVe siècle)

Ce mausolée est dédié à une femme noble entourée de mystère. Érigé au XIVe siècle, à l’époque du renouveau timouride, il illustre le raffinement de l’architecture funéraire turco-persane. Le bâtiment en brique cuite est couronné d’une coupole centrale reposant sur un tambour octogonal.

À l’intérieur, on aperçoit encore des fragments de céramique émaillée. Lieu de prière privilégié pour les femmes, on y invoque la fertilité, la paix familiale ou la santé.

1 Zoroastrien : adepte du zoroastrisme, religion monothéiste ancienne, fondée par le prophète Zarathoustra (Zoroastre) en Perse vers le 1er millénaire av. J.-C.

2 Soufisme : courant mystique de l’islam qui met l’accent sur la spiritualité, l’ascèse et la quête d’une relation directe avec Dieu.

Du Ier siècle av. J.-C. au Ier siècle ap. J.-C.

La Dakhma 1 de Chilpik – la Tour du Silence zoroastrienne

À environ 43 km au sud-est de Nukus, près du fleuve Amou-Daria, se dresse un site archéologique fascinant : la Dakhma de Chilpik. Elle est également connue sous le nom de Tour du Silence.

Ce monument sacré remonte à la fin de l’époque achéménide ou au début de l’ère parthe. Il témoigne d’un rite funéraire oublié : l’exposition des morts.

Tour du Silence zoroastrienne

Un édifice sacré de la tradition zoroastrienne

Le site, appelé Chilpik Kala, est construit sur une colline conique artificielle qui domine la steppe. Il servait de dakhma, un ossuaire céleste destiné aux rites funéraires zoroastriens. Selon cette tradition, les défunts étaient déposés à ciel ouvert et exposés aux vautours.

Ainsi, la pureté des quatre éléments sacrés était préservée : la terre, l’eau, le feu et l’air.

Une architecture circulaire unique

La structure de la Dakhma impressionne par ses dimensions. De forme circulaire, elle mesure 65 mètres de diamètre et est entourée d’un mur en briques crues haut de 4 à 5 mètres. Une seule ouverture permettait l’accès à l’intérieur. Sur le sol, on distingue encore des traces d’aménagements circulaires.

Ils servaient probablement à organiser les corps selon leur statut social ou leur genre.

Un site rare et chargé de symbolisme

La Dakhma de Chilpik figure parmi les rares sites zoroastriens bien conservés en Asie centrale. Elle illustre la profondeur spirituelle de la région avant l’avènement de l’islam.
Fait remarquable, une légende karakalpake attribue même l’invention de l’écriture à ce lieu.

1 Dakhma (ou dakhmeh) : désigne une structure funéraire zoroastrienne.

À partir du IIe au IIIe siècle

Toprak-Kala

Une forteresse majeure de l’époque kushane 1

Située à environ 50 km au nord-est de Nukus, la forteresse de Toprak-Kala signifie littéralement « forteresse de terre ». Elle remonte à l’époque kushane. Elle remplissait plusieurs fonctions essentielles : capitale fortifiée, résidence royale et centre administratif du royaume du Khorezm.

Ce vaste site archéologique est aujourd’hui considéré comme l’un des joyaux de l’Asie centrale antique. Il doit notamment sa renommée à son remarquable état de conservation et à la richesse de ses découvertes.

Forteresses du désert Toprak Kala

Forteresse Toprak Kala

Un urbanisme structuré et impressionnant

Organisée en plusieurs zones distinctes, la cité présente une citadelle royale au centre, des bâtiments administratifs ainsi que des quartiers résidentiels.
Par ailleurs, l’ensemble est protégé par une muraille rectangulaire massive de 500 x 350 mètres, entièrement construite en briques crues. Véritable cœur du site, le palais royal possède plus d’une centaine de pièces.

Certaines sont décorées de bas-reliefs en argile peinte et de fresques murales colorées. Elles illustrent une culture raffinée ainsi qu’une vie de cour fastueuse.

Une culture métissée révélée par les fouilles

Les fouilles menées dans les années 1940 par l’archéologue Sergeï Tolstov 2 ont révélé une culture khorezmienne originale, nourrie d’influences diverses. On y retrouve notamment des héritages de l’hellénisme grec, de l’iconographie indienne et des éléments perses.

Des statues de divinités locales, des documents administratifs gravés sur bois ainsi que des objets de culte témoignent d’un haut niveau de développement intellectuel et religieux.

1 Kouchan : empire chinois du Ier au IIIe siècle, s’étendant du Tadjikistan à la mer Caspienne et de l’Afghanistan jusqu’à la vallée du Gange. Leur langue est le grec et le bactrien (langue iranienne).

2 Tolstov Sergeï Pavlovitch (1907 – 1976) : éminent archéologue et ethnographe soviétique, principalement connu comme l’un des pères de l’archéologie moderne du Khwarezm, et ses découvertes ont profondément enrichi la compréhension de l’histoire ancienne du nord de l’Ouzbékistan.

Érigés du IVe siècle au VIIe siècle

Ayaz-Kala – Trois forteresses pour une histoire millénaire

Situé à environ 20 km à l’est de Toprak-Kala, le complexe d’Ayaz-Kala s’étend sur des collines isolées dominant la steppe. Il se compose de trois forteresses distinctes, érigées entre l’époque achéménide et les invasions arabes.
Chacune de ces structures a rempli une fonction spécifique : poste militaire, refuge ou résidence d’élite. Perché sur des hauteurs naturelles, ce site impressionnant illustre la continuité du pouvoir local.

Il montre aussi la remarquable capacité d’adaptation des sociétés du Khorezm à un environnement souvent hostile.

Forteresse du désert Ayaz Kala

Forteresse Ayaz Kala

Ayaz-Kala I : un avant-poste militaire antique

Ayaz-Kala I, la plus ancienne des trois, date des IVe – IIIe siècles av. J.-C. Elle servait principalement de point de surveillance avancé, probablement dans un contexte de tensions avec les peuples nomades. Son positionnement stratégique offrait une vue dégagée sur la steppe environnante.

Ainsi, elle constituait un élément essentiel du dispositif défensif régional.

Ayaz-Kala II : un palais rural fortifié

Datée des Ier – IIe siècles apr. J.-C., Ayaz-Kala II se distingue par une organisation interne plus complexe. Elle fut sans doute une résidence aristocratique fortifiée, voire un palais rural.8 On y découvre une cour centrale, plusieurs pièces d’habitation ainsi qu’un réservoir destiné à recueillir les eaux de pluie.

Cet aménagement était rare et ingénieux dans cette région aride. Les murs de la forteresse, hauts de près de 10 mètres, sont crénelés et construits en briques crues.

Ils témoignent d’une architecture militaire parfaitement maîtrisée.

Ayaz-Kala III : un refuge en temps de crise

Enfin, Ayaz-Kala III, construite aux VIe et VIIe siècles, correspond à une période troublée marquée par les conflits avec les Huns et les Sassanides. Cette forteresse fut conçue comme un refuge défensif capable d’accueillir la population en cas d’invasion.

Elle complète ainsi le triptyque architectural et stratégique formé par les trois Kalas.

Kyzyl-Kala : une forteresse entre défense et prestige

À proximité immédiate de Toprak-Kala, la forteresse de Kyzyl-Kala constitue un remarquable exemple d’architecture militaire et résidentielle. Elle remonte à la fin de l’époque kushane et au début de la période préislamique.

Utilisé entre le IVe et le VIIe siècle, le site aurait eu pour fonction principale de protéger l’accès stratégique à Toprak-Kala.

Parallèlement, il servait aussi de résidence à des notables ou à des représentants de l’administration locale.

Forteresses du désert Kyzyl Kala

Forteresse Kyzyl Kala

Une architecture militaire bien préservée

Kyzyl-Kala se distingue par son plan parfaitement carré de 65 mètres de côté. Chacun des quatre angles est renforcé par une tour de guet. Par ailleurs, l’ensemble est ceinturé de créneaux et de chemins de ronde, caractéristiques de l’architecture défensive khorezmienne.

L’intérieur de la forteresse est divisé en plusieurs pièces rectangulaires. Celles-ci servaient probablement à l’habitation, au stockage ainsi qu’à l’administration du territoire.

Une restauration au service du patrimoine

Partiellement restaurée dans les années 2010, notamment à des fins touristiques, Kyzyl-Kala offre aujourd’hui un aperçu saisissant des forteresses antiques du Khorezm. Contrairement à d’autres sites plus endommagés, elle permet au visiteur de visualiser concrètement les volumes, les circulations ainsi que les dispositifs défensifs de l’époque.

Modeste par sa taille, mais précieuse par son état de conservation, la forteresse complète idéalement la visite de Toprak-Kala. Elle révèle une autre facette du réseau fortifié antique qui couvrait autrefois la région.

Au XXe siècle


Derniers témoins de l’activité maritime

Un port à son apogée

Dans les années 1950, Mo‘ynoq est à son apogée. Près de 50 000 habitants vivent alors des ressources abondantes de la mer : pêche industrielle, conserveries de poissons et ports actifs.
La ville exporte jusqu’à 50 000 tonnes de poissons par an vers toute l’Union soviétique Le quotidien est rythmé par le va-et-vient des bateaux, les fumées des usines et les cris des mouettes.

La mer d’Aral n’est pas seulement un horizon : elle constitue alors le cœur économique, culturel et émotionnel de Mo‘ynoq.

L’assèchement de la mer : une disparition en accéléré

À partir des années 1960, le rêve soviétique de la monoculture du coton provoque un changement radical. Les fleuves nourriciers de la mer d’Aral, l’Amou-Daria et le Syr-Daria, sont alors massivement détournés pour irriguer les champs.
Dès lors, la mer commence à reculer. En 1970, les captures chutent à 12 500 tonnes, puis à seulement 200 tonnes en 2004.

En moins de 60 ans, la mer s’est éloignée de plus de 150 kilomètres. En 2018, Mo‘ynoq n’est plus qu’une cité de sable et de sel, où ne subsistent qu’environ 13 500 habitants.

Le cimetière des navires : ruines d’un passé englouti

Symbole poignant de cette transformation, le cimetière de navires de Mo‘ynoq rassemble une douzaine d’épaves rouillées, échouées sur un lit de sable desséché. Ces carcasses, figées dans le désert, demeurent les ultimes témoins du lien rompu entre la ville et la mer.

Le musée de la mer d’Aral, modeste mais émouvant, retrace l’histoire du port disparu, le choc écologique ainsi que la vie quotidienne de ses anciens pêcheurs.

Un lieu de conscience et de résilience

Si Mo‘ynoq est devenu un emblème de catastrophe environnementale, il est aussi un lieu d’engagement. Des ONG, des chercheurs ainsi que des habitants s’efforcent de revitaliser la région grâce à des projets de tourisme responsable, de reforestation partielle ou encore de sensibilisation aux enjeux climatiques.
Aujourd’hui, de jeunes guides, artistes ou enseignants se mobilisent pour redonner un sens à la ville.

Bien que la mer ait disparu, l’esprit de Mo‘ynoq reste vivant, porté par la mémoire, la création et l’espoir d’un avenir durable.

1966

Musée des Beaux-Arts de Karakalpakstan : un trésor au cœur de Nukus

Situé en plein centre-ville de Nukus (Noukous), le Musée des Beaux-Arts de Karakalpakstan, plus connu sous le nom de musée Savitsky, est une institution unique en son genre. Installé dans un bâtiment typique de l’architecture soviétique, il doit son existence à Igor Savitski 1, artiste et archéologue russe visionnaire, qui en fut le fondateur en 1966.

Surnommé à juste titre le Louvre du désert, le musée attire aujourd’hui chercheurs, artistes et voyageurs du monde entier.

Tous viennent découvrir une collection hors du commun.

Propagande soviétique stylisée

Une collection d’avant-garde sauvée de l’oubli

Au sein du musée, la découverte de la deuxième plus grande collection d’art d’avant-garde russe au monde est époustouflante. Elle se place après celle du Musée d’État russe de Saint-Pétersbourg.

En défiant la censure du régime soviétique, Igor Savitsky a patiemment sauvé et dissimulé des milliers d’œuvres interdites, souvent vouées à la destruction. Grâce à sa ténacité, des mouvements artistiques comme le cubofuturisme, le constructivisme ou encore l’abstraction soviétique trouvent aujourd’hui un refuge inattendu au cœur du désert ouzbek.

Un conservatoire de la culture karakalpake

Mais le musée ne se limite pas à l’avant-garde russe. Il présente également un riche fonds ethnographique, rassemblé par Savitsky dans les années 1950 et 1960, alors qu’il explorait le Karakalpakstan et ses traditions.

On peut notamment y admirer :

  • des bijoux traditionnels karakalpaks
  • des costumes anciens, brodés et colorés
  • des objets rituels et artisanaux
  • des pièces archéologiques du Khorezm antique

Un musée vivant, au rayonnement mondial

Actuellement, le musée Savitsky est considéré comme l’un des plus importants d’Asie centrale. Il ne se contente pas de conserver : il inspire également. Grâce à des expositions temporaires, des recherches universitaires et des projets éducatifs, il continue de faire vivre l’héritage de Savitsky.

Parallèlement, il défend la diversité culturelle dans une région longtemps marginalisée.

transports

Comment rejoindre Nukus ?

Nukus possède un aéroport domestique assurant des vols en provenance et à destination de Tachkent.

En ville, ainsi que pour rejoindre Moïnaq, le taxi reste le moyen de transport le plus simple et le plus économique.

Par ailleurs, la gare ferroviaire de Nukus dessert les principales villes d’Ouzbékistan grâce à des trains internationaux et locaux (Sharq) :
Tachkent, Urgench-Khiva, Boukhara, Navoï et Samarcande.

Spectacles et vie nocturne

Festivals :

Mars – 3e semaine.

Nukus
Fête ethnique “Navruz”

Concerts et divertissements ‘Nuit au musée” au musée national d’histoire culturelle. Master classes de maîtres artisans.

“Festival en plein air” au musée Savitsky. Master classes de maîtres artisans.

Avril

Moynaq

Festival des concours équestres nationaux.

Mai

Moynaq

“Rally Moynak” sur le plateau d’Ustyurt.

Juin

Moynaq

Festival international de musique électronique “STIHIA”.

Septembre

Moynaq

Festival gastronomique international.

Novembre

Moynaq

Festival folklorique international “Dombra, dutar et kobyz”.

Décembre

Nukus

Fête nationale des récoltes

Bars, café :

  • Cinnamon Coffee & Pastry – Zhipek Zholy St., 1-26, Nukus.

Restaurants :

  • Restaurant NEO – Kamalov str, 21, Nukus.
  • Restaurant Sofram – Ulitsa Leningradskaya, Nukus.
  • Garden Terassa – près de la piscine “Aral” – Nukus.
  • MJ Lounge – A. Dosnazarov ko’chasi, Nukus.

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