KHIVA, AU CARREFOUR DES SAVOIRS ET DU DÉSERT

Située dans la fertile région de Khorezm, Khiva est l’une des plus anciennes cités d’Asie centrale. Son existence est attestée dès le Ve siècle avant J.-C. À cette époque, des villages fortifiés appelés « kala » parsemaient ce territoire verdoyant.
Berceau d’une civilisation érudite, Khiva a toujours été une terre de savoir. Ses habitants, passionnés de sciences, ont enrichi leur connaissance en intégrant les savoirs des conquérants arabes. Ainsi est née une brillante génération de savants, de philosophes et de médecins.
Dès le Xe siècle, Ichan Kala, la citadelle intérieure, devient un centre majeur du savoir dans le monde islamique. Aujourd’hui encore, ce site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO conserve un héritage architectural exceptionnel. Mosquées, médersas, minarets et palais témoignent d’un passé prestigieux, soigneusement préservé.
Se promener dans ses ruelles étroites, à l’abri du tumulte de la ville moderne, offre une plongée saisissante dans l’histoire.
À l’extérieur des remparts, la Khiva moderne s’est développée sous l’ère soviétique. Elle vit principalement de l’agriculture, des filatures de soie et de l’artisanat local. Ainsi, entre traditions millénaires et modernité, Khiva reste une ville fascinante, où le passé dialogue encore avec le présent.

Vous visiterez ce site si vous choisissez le circuit Chemin initiatique ou les extensions La mer fantôme et Les forteresses du désert

Histoire

Khiva, située à l’ouest de l’Ouzbékistan dans la province du Khorezm, se trouve non loin de la frontière turkmène. Elle borde, au sud, les vastes étendues du désert du Kara-Qum.
Son histoire traverse les siècles. Elle a connu le commerce des esclaves au Moyen Âge, puis le régime socialiste sous l’Union soviétique. Chaque époque a laissé ses traces, visibles ou invisibles. Même si peu de monuments très anciens ont survécu, Itchan Kala reste un ensemble exceptionnel. Ce noyau historique, ceint de murailles, constitue l’un des exemples les mieux préservés d’architecture musulmane en Asie centrale.
La mosquée Juma, les mausolées, les madrasas, ainsi que les deux superbes palais du khan Alla-Kouli, édifiés au début du XIXe siècle, en sont les joyaux les plus remarquables.
Grâce à cette richesse patrimoniale, Itchan Kala a été inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO en 1990.

De l’Antiquité au Moyen-Âge.

Khiva aurait vu le jour entre le Ve et le IVe siècle av. J.-C., au cœur d’une oasis fertile du Khorezm. Toutefois, très peu de vestiges archéologiques subsistent de cette époque reculée.

Idn Sînâ, ou Avicenne, est un des plus grands noms de la philosophie islamique et l’avicennisme se situe au carrefour de la pensée orientale et de la pensée occidentale. Dessinateur inconnu

L’héritage perse

Vers 600 av. J.-C., les Scythes, chassés d’Asie du Sud-Ouest par les Mèdes 1, se replient vers les steppes à l’est de la mer Noire. Là, ils reforment un royaume couvrant une partie de l’actuel Ouzbékistan et du Turkménistan. Ce royaume entre en conflit avec l’empire achéménide 2. En 513 av. J.-C., Darius Ier soumet la région au pouvoir perse. Ce contact avec la civilisation achéménide marque profondément la culture matérielle du Khwarezm³. Il inaugure aussi une période de prospérité économique et intellectuelle.

Premières mentions de Khiva

La ville de Khiva est mentionnée pour la première fois au Xe siècle dans les écrits des géographes arabes Al-Muqaddasi et Istakhri. En 994, elle entre dans le giron de la principauté indépendante du Khwarezm. Vers 1001, le célèbre médecin et philosophe Ibn Sînâ 4 s’y installe après avoir quitté Boukhara.

Crises politiques et invasions

Le contexte politique en Asie centrale est alors instable. Les dynasties d’origine turque 5 et perse se disputent les territoires, entraînant la chute successive des capitales. Refusant de servir sous domination turque, Avicenne prend de nouveau la route de l’exil.

Le choc mongol

En 1220, les armées de Gengis Khan 6 dévastent le Khorezm et Khiva est complètement détruite, ouvrant un nouveau chapitre de son histoire dans les cendres de l’ancien monde.

1 Mèdes :  peuple puissant qui a formé un empire du VIIe siècle av. J.C. jusqu’en 550 av. J.C.

2 Achéménides : dynastie perse qui régna sur l’Empire perse (vers 556-330 avant J.-C.).

3 Khwarezm : appelé aussi Khorezm, Kharezm, Kharism ou Khwarizm, région située au sud de la mer d’Aral, le désert du Kyzyl-Qum et au nord du désert Kara-Qum.

4 Ibn Sînâ (Abu Ali Ibn Sînâ) : aussi nommé Avicenne, grand médecin et philosophe né à Afshona près de Boukhara (980-1037).

5 Turcs : au XIème siècle horde turco-mongoles venus du nord-est de l’Asie centrale.

6 Gengis Khan : (1160-1227) fondateur de l’Empire Mongol.

Pierre le Grand, avec brutalité et à coup de décrets, il tente de

Pierre le Grand, avec brutalité et à coup de décrets, il tente de faire entrer son pays dans la modernité et de le raccrocher à l’Occident européen.

À partir du XVIe siècle, l’âge d’or du Khanat

En 1511, des tribus ouzbèkes Chaybanides 1 fondent un khanat 2 et établissent l’oasis de Khiva comme capitale. Ce nouveau pouvoir s’inscrit dans la continuité des grandes dynasties d’Asie centrale, héritières du khanat de Tchaghataï 3.

La consolidation d’un État régional

Tout au long du XVIe siècle, le khanat de Khiva (1512–1920) se structure, devenant l’un des trois grands khanats ouzbeks avec ceux de Boukhara et de Kokand. Il impose son autorité sur la région du Khorezm, développe une diplomatie active et consolide ses frontières, souvent instables.

Itchan Kala, un bastion dans le désert

Itchan Kala 4 s’étend sur 26 hectares. Entourée de remparts de briques haut de dix mètres, cette ville intérieure fortifiée représente la dernière halte avant la périlleuse traversée du désert du Kara-Qum vers la mer Caspienne. Elle devient un point névralgique du commerce transcontinental.

Esclavage et tensions diplomatiques

À partir du XVIIIe siècle, Khiva tire profit du trafic d’esclaves et du pillage des caravanes. Ces activités déclenchent plusieurs expéditions punitives russes. En 1717, une armée de 4 000 soldats envoyée par le Tsar Pierre le Grand 5 pour libérer des captifs russes est anéantie aux portes de la ville. En 1839–1840, une nouvelle expédition est lancée au cœur de l’hiver à travers les steppes glacées du Kyzyl-Qum 6. Mais face aux conditions climatiques extrêmes et à la résistance locale, elle échoue une fois encore.

1 Chaybanides : dynastie ouzbèke datant de 1429 à 1598, venant de la Horde d’or dans les steppes russes.

2 Khanat : royaume turc ou mongol, dirigé par un khan.

3 Khanat de Tchaghataï : khanat de l’Empire mongol aux XIIIe et XIVe siècle.

4 Itchan Kala : littéralement « à l’intérieur de la forteresse ».

5 Pierre le Grand : Tsar de toute la Russie à partir de 1682 et premier empereur de toute la Russie de 1721 jusqu’à sa mort en 1725.

6 Kyzyl-Qum : littéralement « désert rouge » qui s’étend en partie sur le Khorezm jusqu’à la région de Boukhara au sud et à la frontière kazakh au nord.

Affiche de propagande vantant la puissance de l’Armée rouge… sous la conduite du sage camarade Staline. 1928

Affiche de propagande vantant la puissance de l’Armée rouge… sous la conduite du sage camarade Staline. 1928

De la République Soviétique du Khorezm à l’indépendance

De la guerre civile à l’intégration soviétique

Entre 1918 et 1924, Khiva traverse une période de profonds bouleversements. La ville est secouée par des affrontements entre royalistes et révolutionnaires. La population chute brutalement, passant de 25 000 à 18 000 habitants. Parallèlement, l’Asie centrale devient, dès les années 1920, un important centre de déportation. Le Karakalpakstan 1 accueille ainsi de nombreux camps de travail soviétiques, ou Goulags 2.

Intégration à l’URSS et redécoupage territorial

Le 30 octobre 1923, la République Socialiste Populaire du Khorezm est transformée en République Socialiste Soviétique (RSS). Elle rejoint officiellement l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS). Dès 1924, cette entité est dissoute. Son territoire est alors partagé entre trois nouvelles régions :
– 81 % pour la RSS turkmène,
– 9 % pour la RSS ouzbèke,
– 10 % pour la province autonome du Karakalpakstan.

Répression religieuse et collectivisation

À partir de 1925, le régime soviétique impose un contrôle strict sur la religion. Les mosquées ferment, les écoles coraniques sont dissoutes. Les pratiquants sont marginalisés, tandis que les femmes portant le paranja 3 sont exclues de la société. En parallèle, une usine de coton est construite près de Khiva. Cela marque le début d’une monoculture intensive : en 1940, le coton représente deux tiers de la production régionale.

Transformation culturelle et soviétisation

En 1928, l’alphabet arabe est remplacé par le latin. Puis, dans les années 1940, l’écriture cyrillique devient obligatoire. L’artisanat local, longtemps transmis de génération en génération, est contraint de se regrouper en coopératives dirigées de façon autoritaire. En 1937, chaque district doit affecter dix travailleurs à l’usine de coton. Les membres du mouvement progressiste des Jeunes Khivaïtes 4, favorables à une modernisation éclairée, sont éliminés lors des purges staliniennes.

Guerre, exil et modernisation social

Durant la Seconde Guerre mondiale, Khiva accueille des réfugiés venus de l’ouest de l’URSS. Cette migration accélère sa russification. Pourtant, des changements profonds affectent aussi la société locale. L’illettrisme est éradiqué dans les années 1950. Et à la fin des années 1960, le port du paranja disparaît presque totalement, preuve d’une émancipation féminine largement encouragée par le pouvoir soviétique.

L’indépendance et la renaissance de Khiva

En 1991, l’Ouzbékistan devient indépendant. L’économie locale souffre du démantèlement de l’industrie soviétique, à l’exception du coton qui reste une ressource majeure. Peu à peu, la redécouverte des traditions artisanales et le retour à l’alphabet latin, adopté en 1992, accompagnent un renouveau identitaire. Dès les années 2000, le tourisme culturel devient un moteur de développement. Aujourd’hui, Khiva compte environ 50 000 habitants. Cependant, seules 1 500 familles ont pu réintégrer leur habitation dans la vieille ville fortifiée.

1 Karakalpakstan : région ouzbèke et république autonome, bornée au nord et à l’ouest par le Kazakhstan, au sud par le Turkménistan et à l’est par les autres régions de l’Ouzbékistan.

2 Goulag : organisme central gérant les camps de travail forcé en Union soviétique. Instrument de terreur et d’expansion industrielle dirigé par la police politique.

3 Parandja : robe traditionnelle d’Asie centrale pour les femmes, qui couvre entièrement de la tête aux pieds, également connue sous le nom de « burqa » au Moyen-Orient.

4 Mouvement des jeunes Khivaïtes : mouvement révolutionnaire formé par la jeunesse de Khiva en 1917.

Voir à Khiva

La vieille ville

Itchan Kala, classée ville-musée en 1967, constitue l’un des ensembles architecturaux les plus homogènes du monde islamique. Autrefois cité rebelle, peuplée de voleurs et de trafiquants d’esclaves, Khiva est progressivement domptée par l’autorité soviétique. Elle devient alors une ville-musée emblématique, vitrine du prestige culturel de l’Ouzbékistan.
Aujourd’hui encore, la construction en pisé des bâtiments privés est pratiquée selon les traditions architecturales anciennes. Ainsi, le savoir-faire local se perpétue malgré les bouleversements du XXe siècle.
Les fortifications crénelées, longues de 2,2 kilomètres, remontent en partie au Ve siècle. Cependant, la majeure portion visible actuellement date du XVIIe siècle, époque durant laquelle Khiva renforce son rôle de carrefour stratégique. À partir du XVe siècle, la Porte du Nord (Baktcha Darvoza) devient un point de passage incontournable : c’est là que sont prélevées les taxes sur les caravanes marchandes traversant la ville.

Monument érigé au Ve siècle

Kunya Ark

Littéralement « la vieille forteresse », la Kunya Ark est située au cœur de la ville historique de Khiva. Il s’agit d’une citadelle dont les premières fondations remontent au Ve siècle. Toutefois, la construction des monuments majeurs s’effectue bien plus tard, entre 1686 et 1688, sous le règne d’Arang Khan. Par la suite, chaque souverain y apporte sa propre touche architecturale. Ainsi, le palais prend sa forme actuelle à partir du court mais décisif règne d’Altuzar Khan (1804–1806).

Majestueuse et stratégique, la résidence des khans de Khiva sert à la fois de centre administratif et politique. Elle regroupe différents bâtiments essentiels : palais, mosquée, salle du trône et tribunaux. En outre, elle est ceinte de hautes murailles, symboles visibles de l’autorité khanale. Son décor raffiné, composé de mosaïques turquoise, de bois sculptés et de fresques délicates, témoigne du savoir-faire artisanal de l’époque.

Jusqu’en 1919, la Kunya Ark reste le haut lieu du pouvoir du Khorezm. Véritable cœur battant d’Itchan Kala, elle incarne la grandeur passée de Khiva. Aujourd’hui, elle constitue un site incontournable pour qui souhaite comprendre l’histoire, la politique et la culture de l’Asie centrale.

Monument érigé au XIIe siècle

Le bastion Ak Cheikh Bobo

La tour, ou bastion Ak Cheikh Bobo, est considérée comme la construction la plus ancienne encore debout au sein de la forteresse de Khiva. Positionnée à un point stratégique, elle domine les loggias qui entourent la mosquée d’été ainsi que la salle de réception — aussi appelée salle du trône. Par conséquent, elle a toujours joué un rôle central dans l’organisation défensive et cérémonielle du palais.

Datée du XIIe siècle, cette tour tire son nom d’un ermite 1 vénéré : Moukhtar Vali, surnommé le « Cheikh blanc », qui aurait vécu sur place au XIVe siècle. Outre sa valeur spirituelle, le bastion a longtemps été utilisé comme tour de garde, mais aussi comme arsenal de munitions. Il remplissait donc une double fonction, à la fois défensive et symbolique.

Aujourd’hui encore, il conserve toute sa prestance. Depuis son sommet, les visiteurs peuvent profiter d’une vue panoramique sur la vieille ville et sur les paysages environnants. Ainsi, le bastion Ak Cheikh Bobo demeure un point de repère emblématique, à la croisée de l’histoire militaire et de la mémoire spirituelle de Khiva.

1 Ermite : personne qui a fait le choix d’une vie spirituelle dans la solitude et le recueillement.

Monument érigé au XIIIe siècle

Le mausolée de Pakhlavan Mahmoud

C’est l’un des lieux les plus sacrés de Khiva. Ce complexe funéraire abrite plusieurs tombes, dont celle de Pakhlavan Mahmoud 1 (1247-1325), poète, lutteur et philosophe. Devenu après sa mort le saint patron de la ville, il est profondément vénéré dans tout le Khorezm. Son souhait était d’être enterré dans son propre atelier, qui sera transformé après son décès en un mausolées 2. Peu à peu, ses disciples sont également inhumés à ses côtés.

Un développement progressif sur plusieurs siècles

Au fil des siècles, le cimetière s’agrandit. Sa construction s’étend du XIVe jusqu’au XXe siècle, reflétant l’évolution des pratiques funéraires et architecturales de la région. Entre 1810 et 1835, le khan Mohammed Rahim Khan Ier 3 et son fils Allakouli Khan 4 décident de transformer profondément l’ensemble. Dès lors, le lieu de pèlerinage devient un vaste mausolée familial. Il s’agit du dernier complexe funéraire princier érigé en Asie centrale.

Un espace à la fois spirituel et architectural

L’entrée du mausolée s’ouvre sur une vaste cour. Sur la gauche, on trouve des cellules réservées aux pèlerins ; en face, un khanaqah 4 et plusieurs tombeaux ; sur la droite, une mosquée d’été et un puits. Ce dernier est réputé pour ses vertus miraculeuses : les jeunes couples viennent y boire dans l’espoir de concevoir un enfant.

Fermeture soviétique et réhabilitation

En 1959, sous le régime soviétique, la tombe vénérée est fermée au culte. Le site est transformé en musée dédié à l’histoire révolutionnaire du Khorezm. Ce n’est qu’à la fin de l’ère soviétique que le mausolée retrouve sa fonction spirituelle, redevenant un haut lieu de pèlerinage pour les fidèles de toute l’Asie centrale.

1 Pakhlavan Mahmoud : (1247-1325) est un poète et guerrier célèbre qui est devenu le saint patron de Khiva.

2 Mausolée : monument funéraire de grandes dimensions.

3 Mohammed Rahim Khan Ier : (1775-1825) c’est le deuxième souverain (et le quatrième dirigeant) de la dynastie ouzbèke des Koungrates du khanat de Khiva. Il règne de 1806 à 1825.

4 Allakouli Khan : (1794-1842) c’est le cinquième dirigeant (et le troisième khan) de la dynastie ouzbèke des Koungrates du khanat de Khiva.

5 Khanaqah : lieu religieux recevant les derviches et les soufis.

Monument érigé au XIVe siècle

Le mausolée de Sayid Alaouddine

C’est l’un des plus anciens monuments encore debout à Khiva. Ce mausolée a été édifié peu après la mort du saint soufi Sayid Alaouddine 1, en 1303, durant la période mongole. Il incarne à la fois la continuité spirituelle de la ville et l’élégance d’un art islamique enraciné dans la tradition transoxienne 2.

Une structure sobre et symbolique

Le complexe se compose de deux parties distinctes : d’abord la salle funéraire d’origine, puis une salle de prière ajoutée au XIXe siècle. Cette dernière prolonge la vocation sacrée du lieu. Le tombeau lui-même est orné de carreaux en céramique vernissée, décorés de motifs végétaux stylisés en blanc et bleu — une palette classique de l’art islamique de Transoxiane.

Une restauration respectueuse du style originel

En 1825, un céramiste venu de Boukhara mène une restauration minutieuse. Grâce à cette intervention, l’ensemble a pu conserver son aspect à la fois sobre, élégant et empreint de mysticisme. L’architecture respecte un principe fondamental de l’architecture sacrée islamique : l’union du cube et du dôme, héritée de Byzance 3. Cette structure symbolise le lien entre la terre et le ciel, entre le monde matériel et l’au-delà.

Un lieu hors des sentiers battus

Discret et souvent ignoré des itinéraires touristiques classiques, le mausolée de Sayid Alaouddine reste un lieu de recueillement authentique. Il témoigne, bien avant l’âge d’or monumental de Khiva, de la profondeur spirituelle de la ville.

1 Sayid Alaouddine : parent du prophète Mahomet et éminent prédicateur musulman à Khiva à la fin du XIIIe siècle.

2 Transoxiane : région correspondant approximativement à l’Ouzbékistan, au Tadjikistan, au sud-ouest du Kazakhstan et au sud du Kirghizistan, située entre les fleuves Syr-Daria et Oxus (actuel Amou-Daria).

3 Byzance : ancienne cité grecque, capitale de la Thrace, située à l’entrée du Bosphore, renommée comme Constantinople en 330 et Istanbul en 1930.

Monument érigé au XVIIIe siècle

La mosquée Juma

Littéralement “mosquée du vendredi”, la mosquée Juma est le principal lieu de prière collective de la vieille ville de Khiva. Elle incarne un espace de sérénité rare. À l’abri de la lumière écrasante du désert, sa pénombre fraîche et paisible inspire au recueillement. C’est aussi ici que les Khans de Khiva faisaient lire leurs proclamations officielles, lors des grandes prières du vendredi.

Chapiteau de colonne de la mosquée Juma. Photo 2018

Une architecture unique en Asie centrale

La mosquée actuelle est construite entre 1788 et 1789. Elle adopte le modèle de la salle hypostyle 1 : un vaste espace de prière soutenu par une multitude de colonnes. Son plafond en bois repose sur 218 colonnes disposées en 13 rangées, espacées chacune de 3,15 mètres. Deux ouvertures rectangulaires percent le toit afin de laisser entrer un peu de lumière naturelle. Autrefois, des mûriers étaient plantés sous ces puits de lumière.

Colonnes anciennes et artisanat raffiné

Les colonnes, principalement en orme, présentent une grande variété de formes et de décors. Certaines reposent sur des socles en pierre, avec parfois un intercalaire de laine brute — un matériau traditionnellement utilisé pour repousser les insectes xylophages 2. Fait remarquable : quatre colonnes datent du Xe siècle, réemployées ici depuis des édifices plus anciens.
Des campagnes de restauration importantes ont eu lieu, notamment entre 1979 et 1983, puis en 1996–1997, afin de préserver cette œuvre unique.

Simplicité et symbolisme

Le mihrab 3, indicateur de la direction de La Mecque, est sobre : recouvert d’un simple enduit blanc, il ne comporte que très peu de décorations. En revanche, la porte principale en bois attire l’œil. Elle est finement gravée, ornée de ferrures décoratives et porte une inscription en écriture coufique 4.

La mosquée Juma, bien plus qu’un monument religieux, incarne à la fois la spiritualité, l’histoire et le savoir-faire artisanal de Khiva. Elle est l’un des édifices les plus emblématiques de toute l’Asie centrale.

1 Hypostyle : dont le plafond est soutenu par des colonnes.

2 Xylophage : larve et insecte se nourrissant de bois.

3 Mihrab : niche pratiquée dans un des murs d’une mosquée pour indiquer la direction de La Mecque et dans laquelle l’imam dit la prière.

4 Coufique : qualifie les caractères alphabétiques dont se servaient les Arables avant le IVe siècle de l’Hégire (622 de l’ère chrétienne).

Monuments érigés au XIXe siècle à l’intérieur de Kunya Ark

La salle du trône (Kourinich Khana) – un joyau de la Kunya Ark

Ensemble harmonieux de mosaïques bleues de l’aïwan. Photo 2015

Édifiée entre 1804 et 1806, la salle du trône — ou Kourinich Khana — est l’un des lieux les plus emblématiques de la forteresse de la Kunya Ark. Ce vaste espace était réservé aux audiences officielles du khan de Khiva, un lieu où diplomatie et pouvoir s’affichaient dans toute leur solennité.

Un aïwan somptueux, conçu pour impressionner

L’entrée de la salle est marquée par un aïwan monumental, orienté au nord afin de préserver l’intérieur de la chaleur estivale. Il repose sur deux colonnes élancées, dont les bases en marbre sont finement sculptées. Le plafond, entièrement recouvert de panneaux en bois peint, mêle les tons chauds du rouge et du jaune, apportant une atmosphère à la fois noble et chaleureuse.

Des décors fastueux aux couleurs du pouvoir

Sous le règne d’Alla Kouli Khan 2, les parois de l’aïwan et de la salle du trône sont décorées de majoliques bleues et blanches aux motifs floraux et géométriques. Ces carreaux reflètent le raffinement artistique de Khiva au XIXe siècle. Les portes menant à la salle sont elles aussi finement sculptées, montrant un savoir-faire remarquable.

L’hiver entre tradition et protocole

Durant la saison froide, les audiences ne se tenaient plus dans l’aïwan, mais dans une yourte 3 dressée sur une plateforme circulaire au centre de la cour. Cet usage illustre la continuité des traditions nomades dans un contexte princier sédentarisé. Cette yourte, bien que temporaire, symbolisait un retour aux racines des peuples des steppes.

Une cour harmonieuse et bien pensée

La cour de la Kourinich Khana est bordée de bâtiments à loggias, créant un ensemble architectural équilibré, à la fois fonctionnel et esthétique. L’harmonie entre les décors sédentaires — mosaïques, boiseries, colonnes — et l’architecture nomade rend ce lieu profondément singulier.

1 Aïwan : terrasse protégée du soleil par une toiture soutenue par de hautes colonnes.

2 Allakouli Khan : (1794-1842) le cinquième dirigeant (et le troisième khan) de la dynastie ouzbèke des Koungrates du khanat de Khiva.

3 Yourte : mot d’origine turco-mongol, habitat traditionnel avec une ossature démontable en bois et recouvert de feutre de nombreux nomades vivant en Asie centrale.

Tach Khaouli – Le palais de pierre des khans

Façade monumentale, encadrée par ses deux tours d’angle aux coupoles ornées de céramiques turquoise et blanches, sous un ciel d’un bleu éclatant. Photo 2015

Érigé entre 1830 et 1838, le palais de Tach Khaouli, littéralement « le palais de pierre », est l’un des plus majestueux édifices de Khiva. Situé à l’est d’Itchan Kala, ce vaste complexe fut commandé par Alla Kouli Khan 1, désireux d’ériger une nouvelle résidence plus confortable et prestigieuse que la Kunya Ark. Pour cela, près d’un millier d’esclaves furent mobilisés sur le chantier.

Une organisation en trois cours bien distinctes

Le palais, conçu comme un véritable labyrinthe aristocratique, s’organise autour de trois grandes cours, chacune dédiée à une fonction précise :

  • Le harem 1 (1830–1832) situé au nord abritait les appartements des épouses et concubines du khan.
  • La salle de réception (1832–1834), à l’est, accueillait les audiences et banquets officiels.
  • La Cour de justice (1837–1838), au sud-ouest, était le centre du pouvoir judiciaire, où le khan rendait ses sentences.

Cette division architecturale reflète non seulement l’organisation sociale de la cour, mais aussi une vision du pouvoir centralisé et hiérarchisé.

Un contraste saisissant entre austérité extérieure et luxe intérieur

Derrière les murs sobres et défensifs du palais se déploie un décor intérieur somptueux. Les majoliques en bleu cobalt, turquoise et blanc recouvrent les murs, formant de somptueux motifs floraux et géométriques.
Les aïwans — porches ouverts typiques de l’architecture d’Asie centrale — encadrent chaque cour. Ils reposent sur de fines colonnes en bois sculpté, tandis que leurs plafonds, peints à la main, mêlent teintes rouges, vertes et dorées, créant une harmonie visuelle saisissante.

Le raffinement d’un art de vivre khorezmien

Chaque élément du palais — des portes aux plafonds, des murs aux sols — témoigne d’un raffinement extrême. Les artisans ont ciselé le bois avec une minutie remarquable. Les compositions peintes sur les plafonds révèlent un goût certain pour la symétrie, l’équilibre des couleurs, et une esthétique inspirée autant par l’islam que par les traditions locales.

Un symbole de prestige et de pouvoir

À la fois résidence royale, lieu de pouvoir et espace sacré, Tach Khaouli représente l’apogée de l’architecture khorezmienne au XIXe siècle. Jusqu’en 1880, il fut la résidence principale des khans de Khiva. Aujourd’hui, il offre aux visiteurs une plongée fascinante dans le quotidien aristocratique de la dernière grande dynastie khivienne.

1 Harem : chez un grand personnage musulman, appartement réservé aux femmes et interdit à toute autre personne extérieure.

Le harem – intimité et raffinement au cœur du palais

Vue du harem de Khiva : faïences bleues finement ornées, colonnes en bois sculpté et plafond peint, témoignages du raffinement architectural du XIXe siècle. Photo 2017

Le harem de Tach Khaouli, situé au sud du palais, constitue l’un des ensembles les plus élégants de la résidence royale. Ce lieu, à la fois intime et solennel, symbolise la sphère privée du khan, tout en mettant en lumière la richesse de l’architecture khorezmienne du XIXe siècle.

Une organisation hiérarchique et codifiée

Le harem s’articule autour de cinq aïwans — ces porches à colonnes ouverts sur une cour.
Quatre aïwans, identiques dans leur structure, sont attribués aux épouses légitimes du khan. Le cinquième, plus grand, plus haut et somptueusement décoré, est réservé au khan lui-même. Il reflète son autorité et sa place centrale dans la hiérarchie domestique.

Une maîtrise artisanale remarquable

Chaque aïwan repose sur une colonne de bois sculpté, posée sur un socle de marbre finement taillé. Un disque de feutre, inséré entre la base et la colonne, servait d’amortisseur sismique — une ingénieuse solution de construction, révélatrice du savoir-faire des bâtisseurs de Khiva.

L’élégance discrète des espaces féminins

La partie nord du harem, plus isolée, était destinée aux servantes et aux concubines. Elle conserve une ambiance plus sobre, mais tout aussi raffinée. Les murs du harem sont recouverts de faïences bleues et blanches, aux motifs floraux et géométriques d’une grande finesse.
Çà et là, quelques incrustations vert jade viennent rehausser les décors. Cette couleur, selon certaines interprétations, serait une référence zoroastrienne 1, associée à la protection spirituelle et à l’harmonie cosmique.

Un témoignage précieux de la vie royale

Ainsi, le harem de Tach Khaouli ne se résume pas à un espace de repli. Il représente un univers clos, codifié, et extraordinairement orné, où s’expriment à la fois l’intimité du pouvoir, le statut des femmes, et l’excellence artistique de Khiva au XIXe siècle.

1 Zoroastrien : qui relève du zoroastrisme, religion monothéiste ancienne, fondée par le prophète Zarathoustra (Zoroastre) en Perse vers le 1er millénaire av. J.-C.

La salle de réception – un espace de pouvoir et d’apparat

Édifié à la demande de Alla Khaouli Khan**, il reste un lieu de résidence des Khans*** jusqu'en 1880.

Les colonnes supportent des aïwans aux plafonds polychromes. Photo 2016

Cœur de la vie politique du palais Tach Khaouli, la salle de réception incarne à la fois l’autorité du khan et l’élégance de l’architecture khorezmienne. Conçue pour impressionner, elle est le théâtre des cérémonies officielles, des audiences diplomatiques et des réceptions solennelles.

Une cour conçue pour éblouir

La salle s’organise autour d’une vaste cour carrée, soigneusement proportionnée. Sur sa façade ouest, un grand aïwan domine l’ensemble. Celui-ci est orné de majoliques aux teintes bleues et blanches, décorées de motifs floraux et géométriques raffinés.
Ces décors, caractéristiques de Khiva, formaient le cadre prestigieux dans lequel le khan s’adressait à ses sujets ou recevait ses hôtes.

Un lien entre faste urbain et culture nomade

Sur le côté est de la cour, deux plates-formes circulaires en briques rappellent les traditions des steppes. Elles servaient à dresser des yourtes, ces tentes de feutre dans lesquelles le khan recevait ses invités pendant les saisons froides ou lors d’événements informels.
Ce dialogue entre monumentalité et nomadisme illustre la double identité de Khiva :

  • d’un côté, une ville fortifiée urbaine tournée vers la magnificence architecturale,
  • de l’autre, un héritage nomade profondément enraciné dans son histoire.
Un lieu de synthèse culturelle

Ainsi, la salle de réception de Tach Khaouli ne se limite pas à un simple espace de représentation. Elle exprime pleinement le pouvoir politique, le prestige artistique et la mémoire des traditions turco-mongoles.
En combinant des éléments fixes et mobiles, elle témoigne de la capacité d’adaptation du pouvoir khanique, entre héritage des steppes et permanence de la cité.

La Cour de Justice – le théâtre du jugement khanique

La Cour de Justice est le lieu où le Khan tranche les litiges et rend justice quotidiennement pendant quatre heures.

Là où s’entremellent le nomadisme et sédentarité au plus haut de l’état. Photo 2016

Au sud-ouest du palais Tach Khaouli, la Cour de Justice représente le centre névralgique de l’autorité judiciaire. C’est ici que, chaque jour, pendant quatre heures, le khan rendait ses décisions, tranchait les conflits et exerçait directement son pouvoir.
Par son organisation, ce lieu incarne à la fois la rigueur du droit traditionnel et la solennité du pouvoir absolu.

Un espace dépouillé, mais chargé de sens

La cour, simple et austère, s’articule autour d’un aïwan surélevé, accessible par deux escaliers latéraux. C’est depuis cette tribune que le khan présidait les audiences.
Les murs, recouverts de faïences discrètes, prolongent l’esthétique raffinée du palais tout en soulignant la gravité de l’endroit. Ainsi, la beauté décorative ne détourne jamais de la solennité du moment.

Une tradition judiciaire aux influences multiples

Au centre de la cour se trouve une plateforme circulaire, sur laquelle on installait une yourte pendant certaines audiences. Ce détail architectural rappelle l’influence persistante des traditions nomades dans le fonctionnement d’un pouvoir pourtant sédentaire.
De ce fait, la Cour de Justice devient le symbole d’un équilibre subtil entre héritage tribal et centralisation du pouvoir khanique.

Deux portes, deux destins

Particularité saisissante : la cour est dotée de deux portes bien distinctes.

  • La première, porte de la libération, permet aux acquittés de quitter l’espace judiciairement blanchis, parfois même acclamés.
  • La seconde, en revanche, porte des condamnés, mène vers une issue tragique, marquant l’exécution ou l’enfermement.

Ce dispositif à la forte charge symbolique, souligne la fonction rituelle du lieu, où le jugement n’est pas seulement un acte juridique, mais aussi un spectacle politique, incarnant le rôle du khan comme garant de l’ordre cosmique et social.

Monuments érigés au XIXe siècle à l’extérieur de Kunya Ark

La madrasa Mohammed Amin Khan – grandeur et tragédie

Madrasa illuminée de bleu. Photo 2015

Construite entre 1852 et 1855 par le khan visionnaire Mohammed Amin Khan 1, cette madrasa est la plus grande jamais édifiée à Khiva. Elle reflète à la fois l’ambition politique et le prestige intellectuel que le souverain voulait insuffler à sa capitale.
Avec sa capacité de 250 étudiants, elle se positionne comme un haut lieu du savoir islamique en Asie centrale.

Une architecture impressionnante

Aujourd’hui transformée en hôtel, la madrasa conserve néanmoins son plan traditionnel : une vaste cour intérieure encadrée par deux étages de cellules destinées autrefois à l’étude et à la prière.
L’extérieur du bâtiment frappe par la monumentalité de son portail d’entrée, encadré de quatre tours d’angle lui conférant une allure presque fortifiée. À cela s’ajoute un balcon en bois sculpté, dominant la façade, qui enrichit encore son apparence majestueuse.
Juste à côté, la statue d’Al-Khorezmi 2, mathématicien et astronome légendaire né dans la région, vient souligner la vocation savante du lieu.

Un destin tragique

Malgré ses réalisations architecturales et militaires, Mohammed Amin Khan connaît une fin brutale. Après avoir annexé une partie de l’actuel Turkménistan, il se heurte à une coalition de trois grandes tribus rivales. Capturé en 1855, il est décapité, mettant un terme abrupt à son règne.
Sa disparition provoque une période d’instabilité et de chaos pour Khiva, marquée par près de soixante-dix ans de raids, de conflits internes et de recul de l’autorité centrale.

Héritage vivant

Malgré cette tragédie, la madrasa reste un témoignage vivant de la grandeur passée de Khiva. Elle incarne l’idéal d’une cité où le savoir religieux et l’architecture servaient la puissance politique du khanat.
Aujourd’hui encore, les visiteurs peuvent admirer son harmonie architecturale tout en se souvenant de l’histoire dramatique qui l’entoure.

1 Mohammed Amin Khan : (1817-1855) dynastie ouzbèke des Kungrates, souverain de Khiva de 1843 à 1855.

2 Al-Khorezmi : né dans les 780 dans la région du Khwarezm (d’où il prend son nom), et mort vers 850 à Bagdad. Mathématicien, géographe, astrologue et astronome persan.


Le Kalta Minor baigne dans une atmosphère douce, imprégnée du vert jade, couleur typique de Khiva.

Le Kalta Minor baigne dans une atmosphère douce, imprégnée du vert jade, couleur typique de Khiva. Photo 2014

Le minaret Kalta Minor – la tour inachevée au charme unique

Érigé entre 1852 et 1855, le Kalta Minor, littéralement « le minaret court », devait à l’origine atteindre 70 mètres et devenir le plus haut minaret d’Asie centrale. Toutefois, à la mort soudaine de son commanditaire, Mohammed Amin Khan, les travaux sont brusquement arrêtés.
Le minaret ne dépassera jamais 26 mètres, laissant derrière lui une silhouette massive et singulière, aussi imposante qu’inachevée.

Une prouesse esthétique inégalée

Malgré son inachèvement, le Kalta Minor captive. Un escalier intérieur de 70 marches mène à son sommet, bien que l’accès soit généralement fermé aujourd’hui. Ce qui frappe d’abord, c’est l’intensité de sa couleur.
Entièrement recouvert de céramiques émaillées dans des tons de turquoise, de vert jade et de bleu profond, le minaret capte et reflète la lumière du désert avec une grâce unique. Son décor géométrique délicat et ses motifs entrelacés témoignent du savoir-faire exceptionnel des artisans khorezmiens.

Un symbole d’ambition interrompue

Ce minaret devait être le joyau du pouvoir de Mohammed Amin Khan, un témoignage de sa puissance et de sa vision pour Khiva. Sa mort brutale, survenue en 1855, mettra un terme définitif au projet.
Ainsi, le Kalta Minor devient un symbole : celui d’un rêve interrompu, mais aussi d’un héritage artistique vibrant, capable de susciter l’admiration malgré son inachèvement.

Un emblème incontournable de Khiva

Aujourd’hui, le Kalta Minor est l’un des monuments les plus photographiés de Khiva. Visible depuis de nombreux points de la vieille ville, il attire le regard par ses proportions insolites et ses couleurs éclatantes.
Inachevé, certes, mais loin d’être oublié, il incarne à la fois l’histoire, l’ambition et la beauté de Khiva au XIXe siècle.

Monuments érigés au XXe siècle

Les deux monuments témoignent des dernières architectures islamiques notables en Asie centrale. Le minaret, haut de 45 mètres, est le plus haut de Khiva.

Élan de briques vers le ciel à Khiva. Photo 2016

La madrasa Islam Khodja et son minaret – l’éclat d’un renouveau avorté

Au tournant du XXe siècle, Khiva commence à s’ouvrir à la modernité. À cette époque charnière, Islam Khodja, grand vizir 1 du khan Isfandyar 2, initie plusieurs réformes d’envergure. Il crée une école publique, fait construire un hôpital, et engage la modernisation de l’enseignement religieux.
Cependant, ses initiatives progressistes suscitent l’hostilité du clergé conservateur. En 1913, avant d’avoir pu accomplir sa vision, Islam Khodja est assassiné.

Un legs architectural d’exception

Malgré cette fin tragique, deux monuments majeurs survivent à son projet inachevé. D’une part, la madrasa Islam Khodja, construite en 1908 ; d’autre part, son minaret, achevé en 1910. Ces deux édifices constituent les derniers chefs-d’œuvre de l’architecture islamique d’Asie centrale, juste avant l’ère soviétique.

Le minaret : une flèche de lumière

Le minaret Islam Khodja, le plus haut de Khiva, s’élève à 45 mètres. Il se distingue par son fût effilé, dont la silhouette élancée évoque une colonne de lumière.
Son décor alterne habilement des briques ocres et des bandes de céramique turquoise, vertes et blanches, qui scintillent avec intensité à la lumière du jour.
Sa finesse contraste avec la masse plus trapue du Kalta Minor, faisant de ce minaret un point de repère visuel et spirituel au sein de la ville.

La madrasa : un lieu de savoir réinventé

La madrasa, sobre et élégante, s’organise autour d’une cour intérieure paisible, bordée de 42 cellules destinées à l’étude. Aujourd’hui, elle abrite le Musée des Arts appliqués, perpétuant l’esprit d’éducation, de curiosité et d’ouverture que son fondateur avait voulu insuffler.

Un souffle de renouveau brutalement interrompu

Islam Khodja voulait faire de Khiva une capitale moderne, tout en honorant ses traditions. Son assassinat a interrompu ce projet, mais ses édifices restent vivants, porteurs de ce rêve inachevé.
La madrasa et son minaret symbolisent aujourd’hui ce moment rare où Khiva, entre passé glorieux et avenir incertain, a failli basculer vers la modernité.

1 Vizir : fonctionnaire de haut rang, ayant un rôle de conseiller ou de ministre auprès des dirigeants musulmans.

2 Isfandyar Khan : (1871 à 1918), douzième et dernier souverain régnant de la dynastie ouzbèke des Koungrates de 1910 à 1918.

Hors de la forteresse : le palais Nurullah Baï – élégance hors des murs

Situé à l’extérieur des remparts de Khiva, le palais Nurullah Baï incarne le tournant culturel et architectural que connaît la ville à la fin du XIXe siècle. Ce lieu chargé d’histoire mêle le charme oriental traditionnel et les influences russes modernes, dans une composition harmonieuse et audacieuse.

Une histoire née d’un pacte

Tout commence lorsque Mohammad Rakhim Khan II 1, séduit par un jardin luxuriant, propose de l’acheter à un riche marchand du nom de Nurullabay. Ce dernier accepte, à une condition originale : que le jardin porte son nom pour l’éternité. Ainsi est scellé un pacte respecté jusqu’à nos jours, donnant au palais son nom si singulier.

Une vision moderniste sous Isfandiyar Khan

C’est sous le règne de son fils, Isfandiyar Khan, que le palais prend sa forme définitive. Résolument tourné vers la modernité, le khan envoie son Premier ministre à Moscou afin de consulter les meilleurs architectes russes.
À leur retour, ces derniers entreprennent la transformation du domaine. Ils y ajoutent non seulement une majestueuse salle de réception, mais aussi un bureau de poste et un hôpital. Ces édifices marquent l’entrée du khanat dans une nouvelle ère, plus ouverte sur le monde.

Luxe, technologie… et art de vivre

Le palais se distingue par ses sept grandes salles, toutes équipées de cheminées en porcelaine importée de Russie. Les lustres monumentaux suspendus au plafond illustrent la richesse du lieu. Mais la véritable révolution réside dans une innovation technique spectaculaire pour l’époque : un petit moteur électrique capable d’allumer toutes les lampes en même temps.
Ce détail témoigne de la volonté d’Isfandiyar Khan d’inscrire Khiva dans la modernité, sans renier ses traditions.

Un lieu toujours vivant

Aujourd’hui, plusieurs salles du palais ont été reconverties en espaces d’exposition. Des artistes locaux, peintres, céramistes et artisans, y présentent leurs œuvres, perpétuant ainsi l’esprit de créativité et d’ouverture qui anima la naissance de ce lieu.

1 Mohammad Rakhim Khan II (1845–1910) : Seigneur du khanat de Khiva de la dynastie ouzbèke des Koungrates. Il règne de 1864 à 1910.

transports

Khiva ne possède pas d’aéroport. Le transport aérien de passagers s’effectue par l’aéroport international et domestique d’Urgench.

Khiva est reliée à Urgench par une ligne de trolleybus de 31,3 kilomètres, ouverte en 1997.

En ville, les meilleures façons de circuler sont les taxis et les bus. Très économiques ils vous emmènent très rapidement partout dans la ville et les faubourgs.

Une gare, conçue pour accueillir jusqu’à 200 passagers, a été inaugurée en novembre 2018 par le Président Mirziyoyev. Elle devrait prochainement accueillir le train à grande vitesse Afrosyab. Une belle et grande avenue mène directement les voyageurs depuis la gare ferroviaire jusqu’à l’entrée Est de la citadelle. Les trains Charq desservent Urgench, Boukhara, Navoï, Samarcande, Tashkent.

Spectacles et vie nocturne

Attractions :

  • Théâtre de marionnettes, 12, rue Mustakillik, Khiva

Festivals :

  • Fête nationale de Navrouz, du 19 au 22 mars (fête du Printemps)
  • Fête du melon, août.

Bars, café :

  • #RUSLANCAFE, Amir Temur Street 1, Khiva
  • Huqqa Lounge Bar, Axunbabaev Street, Khiva
  • Aura Khiva Lounge Bar, Feruz Street, Khiva

Restaurants :

  • Terrassa Cafe & Restaurant, Khiva
  • Khiva Moon, Polvon Kori 101A, Khiva
  • Khorezm Art, Madrasa Allah Kulikhan, Khiva
  • Sultan Restourant, Islom Khoja 9 Ichan Kala, Khiva
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